Santé : les chantiers de la rentrée

Santé : les chantiers de la rentrée

La « transformation globale » du système de santé devrait être à l’ordre du jour des travaux de la rentrée de la ministre de la Santé, à laquelle s’ajoutera la présentation du «  plan pauvreté », reporté cet été.

La France aime tant les réformes de notre système de santé qu’elle en fabrique sans cesse. En moins d’une décennie, les gouvernements successifs ont ainsi adopté deux textes de loi (Hôpitaux Patients Santé Territoires en 2009, loi de modernisation de notre système de santé en 2017) sans qu’ils aient vraiment produits tous leurs effets. Pour l’heure, le gouvernement d’Edouard Philippe se prépare à en faire voter une troisième loi, visant cette fois à opérer une « transformation globale » de notre système de santé, en se proposant d’apporter des réponses aux déserts médicaux comme au déficit chronique des hôpitaux.

Changer de modèle

En février dernier, le gouvernement a identifié « cinq grands chantiers » prioritaires, relatifs à la qualité et la pertinence des soins, au financement des hôpitaux, à la formation et à la qualité de vie au travail des professionnels de santé, au virage numérique et enfin à l’organisation territoriale des soins. La tarification à l’activité devrait, dans sa forme actuelle, connaître ses derniers jours, la coordination des soins entre la ville et l’hôpital devrait être repensée pour garantir au patient « le bon soin au bon moment et par la bonne structure » (selon les propres termes de la ministre de la Santé). Il nous faut, toujours selon Agnès Buzyn, « changer de modèle », car ce dernier n’est plus viable.

« Nous sommes confrontés aujourd’hui à une population vivant de plus en plus longtemps, 85 ans en moyenne, et à une explosion des maladies chroniques comme le diabète, les cancers ou l’insuffisance cardiaque », souligne la ministre. « Si on ne remet pas à plat le système de santé dans sa globalité, la formation des professionnels, la façon dont il est financé et organisé alors nous ne serons pas en mesure de répondre à ces nouveaux enjeux. »

Une médecine de proximité

Ce mois de septembre sera donc mis à profit pour préparer une nouvelle organisation de la médecine en France. Une de plus. « Il faut une médecine de proximité », martèle la ministre de la santé, qui veut que la prévention, « mal prise en charge par le système » soit mieux prise en compte. Car les Français n’ont plus, en trop de point du territoire, accès à des médecins traitants, voire à des spécialistes cliniciens et se précipitent trop souvent aux portes des urgences hospitalières, elles même saturées. « La proposition que nous défendons est d’organiser le territoire en groupes [constitués] de médecins et d’hôpitaux de proximité, qui seront en charge d’un territoire et s’organiseront en fonction », a ajouté Agnès Buzyn fin août sur les ondes de France Inter. « Mon but n’est pas que le patient dépense plus ou qu’il dépense moins, mais qu’il soit mieux soigné, qu’il ait une prise en charge plus adaptée à ses besoins, en particulier pour les pathologies chroniques, qu’il y ait un suivi partagé, coordonné entre les différents professionnels de santé. » Un propos que ces prédécesseur-es ont répété à satiété sans qu’il soit toutefois suivi d’effets. Car faute de moyens et de professionnels de santé en nombre suffisant, chacune des dernières réformes de la santé s’est enlisée dans le sable de la réalité. Faute de grives, nous aurons donc des merles : car faute d’avoir des médecins pour repenser et organiser la proximité des soins de premiers recours, nous aurons de la télémédecine, « très utile pour les patients habitants dans les déserts médicaux. »

Pour l’heure, le dossier formation a déjà été mis sur la table, la ministre proposant de faire litière du numérus clausus, pourtant déjà porté à 9000 médecins formés par an. Pour le reste, c’est-à-dire pour les dossiers les plus lourds, prudente, elle avance qu’il « faudra au moins 4 ou 5 ans » pour aboutir. Car la croissance n’est pas au rendez-vous de cette rentrée et le gouvernement sait qu’il doit réviser ses ambitions de dépenses à la baisse.

Un 100% santé sur les rails

Déjà reporté cet été pour cause de coupe du monde de football, le « plan pauvreté » sera présenté le 13 septembre pour une mise en œuvre l’an prochain. « Ce plan est une vraie priorité, un vrai changement de paradigme », confesse Agnès Buzyn. Convoqués par Edouard Philippe, les dirigeants des Ocam (FNMF, FFA et CTIP) ont été informés de l’intention du gouvernement de fusionner les dispositifs CMU-C et ACS en vue de rendre plus efficace la lutte contre le non-recours aux droits sociaux et les difficultés d’accès aux soins des personnes en situation de précarité.

Reste que les « pauvres » devront encore attendre un peu. Henriette Steinberg, secrétaire nationale du Secours populaire, constate dans le Monde que l’accès aux soins des plus démunis « s’est dégradé ces derniers mois ». « Il n’y a pas de places pour recevoir ces gens en difficulté, il y a de moins en moins de médecins dans les quartiers en difficulté… » Un tiers des personnes éligibles à la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) et deux tiers des personnes éligibles à l’ACS n’y recouraient pas en 2017, note le Monde. Soit près de 3 millions de personnes qui, pour diverses raisons ne faisaient pas valoir leurs droits. Sans compter que les refus de CMU sont, de l’avis d’ATD Quart Monde « très fréquents ».

En attendant le futur plan, le 100% Santé, qui préfigure le zéro reste à charge en dentaire, optique et audioprothèses, est déjà sur les rails. « Grâce à cette réforme les Français pourront bénéficier d’une baisse de prix progressive à partir de 2019, et à partir de 2021, de soins complètement remboursés », se félicite la ministre de la Santé. Plus que trois années à attendre.

Jean-Jacques Cristofari

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