Protection sociale : la France championne d’Europe

Protection sociale : la France championne d’Europe

La France dépense un bon tiers de son PIB à la protection sociale, soit 34,1%. La santé et la vieillesse totalisent 80% des prestations versées, payées à 91% par des administrations publiques et à 9% par le privé. La DREES en dresse le bilan qu’elle compare à celui de nos voisins européens.

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) vient de passer au crible les comptes de la protection sociale qui ont donné lieu à une intéressante comparaison internationale la resituant dans son contexte européen (1). Ce bilan a suscité à la même époque, à la veille du Congrès de la Mutualité Française à Montpellier, à un commentaire du président de la République sur ce « pognon de dingue » que l’Hexagone consacre à ses aides sociales. Au-delà de tout esprit partisan sur le sujet, le panorama présenté par la DREES permet de revenir sur quelques chiffres qui ont leur importance.

Un tiers de la richesse nationale

Ainsi, en 2016, dernière année retenue pour l’analyse, notre pays consacrait 759,1 milliards d’euros à ses dépenses sociales, soit un tiers de notre richesse nationale. Sur cette somme, 714,5 milliards ont donné lieu à des prestations, le reste étant composé de frais de gestion, de frais financiers et d’emplois du compte capital. De leur côté, les recettes de la protection sociale s’élèvent la même année à 758,7 milliards d’euros, soit 34% du PIB. Sur cet ensemble de dépenses, les deux principaux risques, la vieillesse-survie (325,3 milliards d’euros) et la santé (249,9 milliards d’euros en 2016), représentent respectivement 46% et 35% du total de ces dépenses, soit 26% du PIB. 648,8 milliards d’euros, soit 91% des prestations sont versées par les administrations publiques (dont 515,9 milliards par la Sécu), le secteur privé assurant de son côté 9% des prestations, soit 41,5 milliards d’euros par le biais de sociétés financières ou non financières (dont 28,2 milliards par les mutuelles et les institutions de prévoyance) et 24,2 milliards par l’entremise d’institutions sans but lucratif au service des ménages (personnes handicapées, aide sociale à l’enfance, personnes en situation d’exclusion). Du côté des ressources de cette protection sociale (758,7 milliards), l’essentiel provient des cotisations (461,3 milliards), auxquelles s’ajoutent les impôts et taxes affectés (184 milliards), les contributions publiques (93,7 milliards) et diverses ressources (19,6 milliards). Enfin, l’équilibre des comptes redevient progressivement la règle : de -11,6% en 2012, le solde des comptes de la protection sociale est revenu à -0,4% en 2016, preuve que la situation s’est améliorée avec la reprise de l’emploi.

La France en tête

Au regard de l’Europe, la France se classe ainsi en tête pour la part des prestations sociales dans le PIB, devant le Danemark (31,1%), la Finlande (31,1%) ou encore la Belgique (29,1%), loin devant l’Allemagne (27,9%) et très loin devant la Roumanie (14,3%) qui se situe en bas de l’échelle. La moyenne de l’UE à 15 se situe à 28,3%. « Le versement des pensions de retraite, absorbent à elles seules 12,5% du PIB au sein de l’UE-28, note le rapport de la DREES. Elles constituent la part la plus importante du total des prestations (46%). » De son côté, le risque maladie-soins de santé est le deuxième poste de dépenses de prestations. Il représente en moyenne 8,2% du PIB et 30% du total des prestations de l’UE à 28. La santé constitue ainsi un poste majeur dans les comptes de la protection sociale : « dans l’UE à 15, en 2015, le risque maladie-soins de santé contribue à hauteur de 37% à la croissance totale des prestations sociales, contre 22% en 2010 », souligne dans ce registre la direction des études. Le risque maladie-soins est ainsi le 2è poste de dépenses de protection sociale au sein de l’Union européenne, avec 8,2% du PIB des Etats concernés, contre 9,1% pour la France.

Evolution diverse des restes à charge

Le rapport souligne également la faible part des restes à charge des ménages dans les dépenses de santé : avec 6,8% en moyenne dans l’UE en 2015, ils sont plus faibles qu’au Luxembourg (10,6%), aux Pays-Bas (12,3%) ou en Allemagne (12,5%) et bien moindres qu’en Espagne (24,2%), au Portugal (27,7%) ou en Grèce (35,5%). La crise économique et boursière mondiale de 2008 a marqué un tournant sur cette question. « La réduction de l’effort public intervenue après 2008 s’est notamment traduite par une plus grande participation financière des assurés au coût des biens et services de santé, une augmentation du ticket modérateur ou d’autres formes de participation (franchises), voire par le biais d’une réduction du taux de couverture de la population », indique la DREES. Paradoxalement, les pays où la part du financement direct des dépenses de santé par les ménages était déjà parmi les plus faibles, comme l’Allemagne et la France, ont connu les plus forts reculs du reste à charge entre 2009 et 2015.

Jean-Jacques Cristofari

(1) « La protection sociale en France et en Europe en 2016 », Résultats des comptes de la protection sociale, DREES, juin 2018.

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