Plan Ma Santé 2022 : Quatre ans pour réformer la santé

Plan Ma Santé 2022 : Quatre ans pour réformer la santé

Le Président de la République et sa ministre de la Santé ont présenté le 18 septembre leur plan de transformation du système de santé. Ce qui devra être une réforme « structurelle » vise à renforcer la coopération entre la ville et l’hôpital en s’appuyant sur les territoires où les professionnels de santé sont invités à s’organiser en réseaux.

« Dans la continuité de la réforme du reste à charge zéro pour les soins dentaires, optiques et auditifs, et des mesures annoncées en faveur de la prévention et de l’accès aux soins, nous devons entièrement repenser notre système de santé en se fixant une seule exigence mettre le patient au centre et garantir à tous les Français une meilleure prévention et un accès à des soins de qualité. » D’emblée le ton est donné par le président de la République. La « transformation » de notre système de santé vise à réformer profondément les organisations de soins, les modes de rémunération et les modes d’exercice des professionnels de santé, « qu’ils soient installés en libéral ou à l’hôpital, ils seront appelés à s’organiser différemment et à travailler collectivement ». Ce nième plan santé est ambitieux. Il vise, selon les termes de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, à créer de nouvelles synergies entre les professionnels de ville, du médico-social et de l’hôpital, à s’appuyer sur des outils numériques performants mis au service des patients et des professionnels de santé, à revoir entièrement le modèle de financement des médecins et à mieux les former, le tout « afin qu’ils prennent mieux en compte les impératifs de coopération entre les métiers et de qualité des soins. »

1000 CPTS sous 4 ans

« Ma Santé 2022 » comprend une cinquantaine de mesures et s’articule autour de 3 piliers : regagner du temps médical pour des professionnels moins nombreux et surchargés de travail, faciliter l’orientation du patient entre la ville et l’hôpital pour désengorger les urgences et mettre le cap sur la pertinence des soins. Les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) regroupant des professionnels de santé pluridisciplinaires sur un territoire donné, seront les piliers d’une coopération au niveau des soins de villes, au sein desquelles les professionnels de santé sont invités à constituer des réseaux. Il est prévu d’en créer 1 000 à l’échéance de quatre ans. Elles complèteront en les intégrant les 1 000 maisons de santé pluri professionnelles déjà disséminées sur le territoire national. « Les CPTS devront aussi favoriser le maintien à domicile des personnes âgées, garantir l’accès à une consultation spécialisée dans des délais raisonnables, participer à des missions de prévention et de dépistage pour la population du territoire », a indiqué à leur sujet Agnès Buzyn (1).

Ces CPTS devront assurer un accès aux soins non programmés et délivrer des soins de 8 heures à 20 heures. « Un grand nombre de mesures visent à désengorger les urgences, en attendant que les générations d’urgentistes formées dans le cadre du nouveau DES viennent renforcer les équipes en place », a ajouté la ministre. Les hôpitaux locaux devront par ailleurs travailler en symbiose avec les médecins du territoire pour développer des projets de santé. 400 généralistes seront notamment salariés dans les hôpitaux de proximité ou des centres de santé.

Pour faciliter.le travail des médecins, le métier d’assistant médical va être créé. 4000 postes seront financés sur le quinquennat pour les médecins qui s’engageront dans un exercice collectif. Financés partiellement par l’Assurance-maladie, ces assistants vont décharger à peu près 15% du temps médical des praticiens, ce qui permettra aux professionnels de prendre plus de patientèle. Le tout sera assorti, dans les déserts médicaux d’une délégation de tâches aux paramédicaux pour assurer le suivi des malades chroniques.

3,4 milliards d’euros d’investissements

Pour financer cette réforme, l’ONDAM sera relevé à 2,5%, ce qui représentera 400 millions supplémentaires en 2019. « Au total, ce seront plus de 3,4 milliards d’euros qui seront consacrés, d’ici 2022, à Ma Santé 2022, dont près d’1 milliard d’euro en faveur de l’investissement hospitalier et 1,6 milliard d’euros pour la structuration des soins dans les territoires, en ville et à l’hôpital », a souligné la ministre de la Santé. « Reste que Les conditions financières seront déterminées par une négociation conventionnelle pour que les professionnels aient un intérêt à se structurer ».

Dès l’annonce du plan, les réactions des syndicats médicaux se sont manifestées. Le Dr Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des Médecins de France a estimé que les moyens n’étaient pas à la hauteur des enjeux et que la coordination avec l’hôpital n’est pas poussée assez loin. Le président de la CSMF, le Dr Jean-Paul Ortiz a émis des réserves sur la mise en place des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) qui ne doivent pas être une obligation, ainsi que sur la création des 400 postes de généralistes dans les zones sous-denses. Le président de MG France voit dans la création des assistants de cabinet médicaux, « une mesure de bon sens » pour permettre au généraliste de se consacrer à ses missions principales. Pour le Dr Jacques Battistoni, Emmanuel Macron a entendu la demande des professionnels désireux de développer une réponse territoriale structurée et collective aux besoins de santé, via les CPTS. Mais le syndicat des généralistes estime qu’il faudra aller au-delà de l’augmentation annoncée de l’ONDAM.

La Mutualité reste vigilante

Enfin, dans les rangs de la Mutualité Française, Thierry Beaudet, son président, souligne l’ambition affichée de certaines mesures, dont la fin de l’exercice isolé, et la création des CPTS, « chaînon manquant pour décloisonner notre système en créant un réseau de santé de proximité. » Si la FNMF est favorable à la limitation de la part des soins financée à l’acte et au développement de rémunérations forfaitaires, en complément ou alternatives à l’acte, elle se dit « vigilante à ce que la participation des organismes complémentaires d’assurance maladie au financement de ces nouvelles rémunérations, soit visible par les professionnels et les assurés et ne prenne pas la forme d’une taxe comme pour le forfait patientèle médecin traitant. »

Jean-Jacques Cristofari

(1) Interview dans Le Généraliste du 18 septembre 2018

Cet article a été publié dans Actualité, Notre actualité.