Organismes complémentaires : des noms et des pratiques

Organismes complémentaires : des noms et des pratiques

Les noms des organismes de complémentaire santé transmettent de nombreuses informations. S’ils précisent les marchés sur lesquels les organismes exercent, ils affichent également des identités sur un marché très concurrentiel.

« Dis moi comment tu te nommes, je te dirai ce que tu fais » ! 411 mutuelles, 99 sociétés d’assurances et 24 institutions de pré¬voyance (Fonds CMU) se partagent le marché très convoité de la complémentaire santé (données 2015). Sur cet ensemble, 78% des organismes mettent en avant le terme de « mutuelle », qui voudrait traduire le fait que les bénéfices réalisés sont réinvestis au bénéfice des assurés. Un mot que seules les sociétés réellement mutualistes peuvent arborer. 16 autres pourcents des OC ont recours au terme d’« assurance », qui désigne les sociétés soumises au Code des assurances. Ce sont des compagnies à but lucratif et des mutuelles d’assurance à but non lucratif qui doivent associer les deux termes pour être clairement distinguées des mutuelles relevant du code de la mutualité. Enfin, 12% des organismes ont recours au terme de « prévoyance », qui renvoie à des « institutions de prévoyance », à but non lucra¬tif et spécialisées dans la couverture des entreprises (contrats dits « collectifs »). Ce terme de prévoyance peut cependant également être utilisé par des mutuelles ou des assureurs spécialisés.

Des facteurs caractéristiques

« Le nom d’un organisme peut aussi indiquer le marché sur lequel il exerce », nous explique la Drees dans une analyse originale portant sur les noms des organismes complémentaires (1). Ainsi, en 2015, 41% des organismes font mention dans leur nom d’une « spécialisation professionnelle » : 14% le sont sur une entreprise ou un groupe (grandes entreprises parapubliques ou grandes sociétés privées), créés au profit de ses salariés. 10% sont focalisés sur les corps des fonctionnaires (enseignants, hospitaliers, agents territoriaux ou nationaux, armée, etc.). 15% des organismes complémentaires couvrent soit des professions, soit des secteurs d’activité, souvent composés de petites entreprises ou d’indépendants (BTP, professionnels de santé ou du spectacle, etc.) qui ont des besoins spécifiques en assurance, liés à leur métier. Reste 2% des organismes qui prenaient en charge les étudiants et qui viennent d’être fondus dans le régime général de la Sécu.

D’autres facteurs caractérisent encore les complémentaires santé : leur encrage géographique, régional pour 14% d’entre eux ou plus local pour 12%. L’Est de la France se distingue par des contrats calibrés pour des régimes spécifiques de cette région. Enfin, 18% des OC mettent en avant une valeur sociale, résumée en trois groupes : la « famille », la « cohésion » et enfin la « sécurité ». Il peut en exister d’autres, telles la « liberté, la nouveauté, le service ».

Une classification en six groupes

Cette approche a permis à la Drees de regrouper les organismes en six groupes types : les « mutualistes professionnels » (34%), les « mutualistes géographiques » (17%), les « organismes mutualistes généralistes » (20%), les « assureurs mutualistes » (6%), les « assureurs généralistes » (14%) et enfin les « organismes de prévoyance » (8%).

« À partir des six groupes-types de noms d’organismes, il est possible d’inférer des pratiques tari-faires et financières associées », note la Drees. Ainsi sur le marché des contrats individuel, le 1er groupe bénéficie des clientèles les plus captives. Ses membres reversent la plus grande part de leurs coti¬sations sous forme de prestations et ont des frais de promotion les plus faibles. Les groupes 2 et 3 ont des pratiques tarifaires qui segmentent moins fortement entre classes d’âge, lieu de résidence ou composition familiale. Les groupes 4 et 5 ont en général une stratégie tarifaire qui vise à proposer à chaque assuré le plus juste tarif en fonction de son risque individuel. Les deux tiers d’entre eux imposent aussi une limite d’âge maximal à la souscription. Enfin, le dernier groupe comprend des sociétés souvent spécialisées en assurance santé collective. En contrat collectif, les pratiques tarifaires de ces 6 groupes sont plus homogènes, souligne encore la Drees. « Les pratiques tari¬faires peuvent refléter la volonté de l’entreprise qui souscrit plus que celle de l’organisme d’assurance. » Au total, la classification opérée par la Drees permet de porter un autre regard sur un univers assez diversifié mais qui a aussi des pratiques de marché assez similaires.

Jean-Jacques Cristofari

(1) « Tarifs et prestations : que révèle le nom des organismes de complémentaire santé ? », Drees, Etudes et résultats, janvier 2018.

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