La santé en quête d’une chute drastique de son déficit

La santé en quête d’une chute drastique de son déficit

Le projet de loi de financement de la Sécu (PLFSS) pour 2018 a été présenté en Conseil des ministres le 28 septembre. Il prévoit, comme l’y avait engagé la Cour des Comptes cet été, un plan d’économies importantes en vue de ramener le déficit de la branche maladie à moins 800 millions.

Le déficit de la Sécu sera ramené l’an prochain à 2,2 milliards d’euros. Un niveau sans pareil depuis 17 ans, mais le trou sera comblé au prix d’importantes économies dans le secteur de la santé, a fait savoir le gouvernement. Ainsi le déficit de l’ensemble des branches devra être réduit de quelque 3 milliards d’euros. "Nous sommes clairement sur une trajectoire du retour à l’équilibre en 2020", a déclaré le Pr. Agnès Buzyn lors de la présentation du budget à la presse. Pour cette dernière, la prochaine loi de financement de la Sécu sera celle des "engagements tenus, de la responsabilité, de la solidarité et de la transformation".
Pour la première fois depuis 2001, le régime général auquel sont affiliés les salariés du privé sera l’an prochain, de l’avis du gouvernement, en léger excédent de 1,2 milliard d’euros. Les branches accidents du travail (+ 500 millions d’euros), retraites (+ 200 millions d’euros) et famille (+ 1,3 milliard d’euros) seront donc en excédent. Seule la branche maladie restera déficitaire de 800 millions d’euros (contre 3,6 milliards en 2017). Mais la réduction de son déficit atteindra un niveau spectaculaire (-3,3 milliards en une année).

4,4 milliards de dépenses nouvelles

Pour redresser les comptes de la Sécu, les économies seront "importantes" dans le secteur de la santé, qui verra ses dépenses avoisiner les 200 milliards d’euros, avec un ONDAM appelé à progresser de 2,3 %, – soit + 4,4 milliards de dépenses nouvelles – alors même que la tendance naturelle d’évolution des dépenses de santé est plus proche de 4 %, du fait du vieillissement de la population, de la progression continue du nombre de malades chroniques et du coût de certaines innovations thérapeutiques, en particulier dans le traitement des cancers.

Ainsi, côté dépenses, comme attendu, les principales économies – près de 1,5 milliard d’euros – seront recherchées dans les médicaments via des baisses des prix et de leur consommation, sur un total de 4,2 milliards attendus dans la santé. Les hôpitaux ne seront pas non plus épargnés : la restructuration de l’offre de soins (optimisation des achats, économies dans les services) devrait leur permettre de dégager 1,46 milliard d’euros d’économies. 2 milliards devraient être dégagés en développant l’ambulatoire, en faisant des économies sur les transports sanitaires et en accentuant la lutte contre les fraudes. En contrepartie, les établissements de santé verront leurs recettes augmenter du fait de la revalorisation du forfait hospitalier dont le montant, inchangé depuis 2010, passera de 18 à 20 euros. La mesure sera, pour l’essentiel à la charge des mutuelles, qui auront à rembourser 200 millions d’euros supplémentaires. Les associations de patients craignent par avance une hausse des tarifs des contrats. La Mutualité Française n’a pas exclu cette dernière hypothèse.

Côté recettes, la branche maladie pourra compter sur la hausse progressive du prix du tabac, qui atteindra 10 euros d’ici fin 2020, montant qui sera loin de compenser le coût "médical" du tabac (47 milliards d’euros). Enfin, des efforts seront demandés aux administrations de la Sécurité sociale qui devront diminuer de 15% leurs frais de fonctionnement sur quatre ans.

Ce PLFSS, dont il faudra encore attendre le texte qui sera soumis aux parlementaires pour savoir sur quelles hypothèses macro-économiques il s’appuie, sera donc celui de la rigueur dans le domaine de la santé. Seules des recettes supplémentaires pourront sortir la branche de l’ornière. Le glissement des cotisations maladie vers la CSG augmentée – un bonus de +1,7 % affecté à la CNAMTS – nous précisera courant 2018 si la recette est la bonne pour y parvenir.

Jean-Jacques Cristofari

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