L’intelligence artificielle au service de la santé

L’intelligence artificielle au service de la santé

Fin mars, le président de la République a annoncé le déblocage d’une enveloppe de 1,5 milliard d’euros sur le quinquennat pour développer l’intelligence artificielle dans les quatre secteurs prioritaires consacrés par le rapport Villani. La santé fait partie des priorités affichées.

« Nous allons mettre en place un programme national pour l'intelligence artificielle, a indiqué fin mars le président de la République. Il sera coordonné par INRIA (1) en lien avec les autres organismes de recherche partenaires et les universités liées, et il impliquera l'ensemble de la communauté scientifique française. » Quatre ou cinq instituts, ancrés dans des pôles universitaires émaillant le territoire français, seront ainsi dédiés à ce programme. « Ce réseau connecté à l'écosystème français de recherche universitaire sera le vaisseau amiral de la recherche publique française en matière d'intelligence artificielle et un élément essentiel dans la formation de nouveaux talents », a ajouté le chef de l’Etat, invitant à « augmenter drastiquement la porosité entre la recherche publique, indispensable, et le monde industriel. »

Dans le rapport Villani (2) sur l’intelligence artificielle (IA) remis à Emmanuel Macron fin mars, la santé constitue, avec l’environnement, les transports-mobilités, et la défense-sécurité, l’un des 4 secteurs prioritaires sur lesquels les auteurs recommandent de concentrer les efforts de développement. « L’intelligence artificielle en santé ouvre des perspectives très prometteuses pour améliorer la qualité des soins au bénéfice du patient et réduire leur coût – à travers une prise en charge plus personnalisée et prédictive – mais également leur sécurité – grâce à un appui renforcé à la décision médicale et une meilleure traçabilité », note le rapport dans son introduction.

Les données, éléments clés

L’IA permettra ainsi de construire un diagnostic et une stratégie thérapeutique plus adaptés aux besoins du patient, son environnement et son mode de vie. Mais ses avancées en santé dépendront également de nos capacités à croiser des quantités massives de données pour mettre en évidence des corrélations qui ensuite font l’objet de recherches médicales. « La quantité des données disponibles et la qualité de leur annotation sont donc des éléments clés pour faire avancer la recherche sur les applications de l’IA en santé », ajoute le rapport en estimant que « la portabilité et la possibilité pour l’individu de communiquer des « données pertinentes pour la santé » doivent être repensées à l’heure de l’IA. »

Vers une plateforme de mutualisation des données

Aussi, le rapport Villani propose-t-il de lancer un nouveau chantier spécifique accompagnant le Dossier Médical Partagé (DMP) de production d’informations et de données de santé utilisables à des fins d’IA pour « améliorer les soins et leur coordination, mais également en vue de participer à des projets de recherche et d’innovation d’IA en santé ». Il avance par ailleurs de déployer des outils, techniques d’automatisation de la codification des informations produites par les patients en données pertinentes pour le suivi médical. Enfin, il suggère de sensibiliser les patients à la maîtrise de leurs données.

D’autres pistes sont également évoquées par le rapport Villani, telle la modification en profondeur des pratiques médicales (aide au diagnostic, appui à la construction d’une thérapie, suivi évolutif du patient), le rôle des professionnels de santé dans l’expérimentation et l’entraînement des IA à des fins médicales dans des conditions réelles. « L’automatisation va entraîner une recomposition des missions et des interactions des acteurs engagés dans la conduite des politiques de santé », précise encore le rapport. Il invite à mettre en place une plateforme d’accès et de mutualisation des données pertinentes pour la recherche et l’innovation en santé, qui à terme aura pour vocation de se substituer au socle de notre actuel système national des données de santé (SNDS), considéré comme « unique au monde ». « Il est donc important que la France soit force de proposition à l’échelle internationale, et s’investisse pleinement dans les négociations sur les futurs standards technologiques », concluent les auteurs du rapport Villani, qui ouvre à bien des égards bien des champs du possible.

Jean-Jacques Cristofari

(1) Institut national de recherche en informatique et en automatique, créé le 3 janvier 1967 dans le cadre du plan Calcul.
(2) « Donner un sens à l’intelligence artificielle. Pour une stratégie nationale et européenne », Cédric Villani, mathématicien et député de l’Essonne. Mission parlementaire du 8 septembre 2017 au 8 mars 2018.

Cet article a été publié dans Actualité, Dossiers thématiques.