Consommation de soins et biens médicaux : décélération des dépenses

Consommation de soins et biens médicaux : décélération des dépenses

La France consacre au total 11,5% de son PIB à la santé, soit 1,1 point de plus que la moyenne de l’Union Européenne à 15 pays. En 2017, les dépenses de santé ont atteint près de 200 milliards d’euros. Elles ont aussi marqué le pas.

Les Français ont dépensé en moyenne en 2017 pour leur santé, en soins et bien médicaux, 2977 euros, rapporte la dernière étude de la Drees (1) sur les comptes de la santé. C’est légèrement moins que l’année précédente, du fait d’une moindre consommation de soins hospitaliers (92,8 milliards d’euros), qui représentent 46,6% des dépenses totales et progressent moins vite en volume. Le secteur public s’y taille encore la part du lion, avec 71,5 milliards d’euros, soit 77% du total du poste hospitalier, contre 23% pour le secteur privé, qui pèse 21,4 milliards d’euros. Les deux secteurs ont ralenti leurs dépenses en 2017, à + 0,8% pour le public et + 1,2% dans le privé, ce dernier ayant vu ses prix baisser, du fait de la réforme des contrats responsables qui a limité la prise en charge de ces dépassements par les organismes complémentaires.

Les dépenses de ville progressent

Le ralentissement a également été observé du côté des soins de ville, dont les dépenses se sont élevées à 53,4 milliards d’euros l’an passé, soit 26,8% de la masse totale des dépenses de santé. En hausse de 2,5%, leur croissance reste en 2017 très proche de la moyenne des dernières années (2,7% par an entre 2009 et 2016), souligne la Drees. La ville devient le premier contributeur de la croissance en soins et biens médicaux, portée par le dynamisme des soins des auxiliaires médicaux (15,5 milliards d’euros, + 3,5%), des médecins généralistes (8,9 milliards, + 1,4%) ou spécialistes (11,9 milliards, +3,4%) et des sages femmes (0,3 milliards, + 9,5%). La consommation de soins dentaires (11,3 milliards) est moins dynamique qu’en 2016 (+ 1,8% contre + 3%), tout comme les analyses et prélèvements des laboratoires qui marquent également le pas à 4,5 milliards d’euros (+ 1,2%). Le poste médicament, à 32,6 milliards d’euros de ventes en ville, accuse une baisse pour la 3è année consécutive, due pour l’essentiel à des diminutions de prix et à une contribution croissante du secteur à la régulation des dépenses de santé.

Enfin, les « autres biens médicaux » voient leur consommation progresser de 2,3%, à 15,5 milliards d’euros. L’optique médicale, avec 6,1 milliards représente 40% de cet agrégat. Ce poste est en baisse de 0,7% du fait de volumes en baisse après une croissance marquée entre 2008 et 2012 (+ 4,6% en moyenne).

Reste à charge en baisse

Avec 77,8% de la charge des dépenses, l’Assurance-maladie reste le premier financeur de la consommation de soins et de biens médicaux en 2017, soit 155,1 milliards d’euros. La part des organismes complémentaires diminue en 2017 de 0,2% pour atteindre 13,2% des dépenses, soit 26,3 milliards. De son côté, le reste à charge des ménages (RAC) diminue, de 9,4% en 2008 à 7,5% en 2017. Il s’établit à 14,9 milliards d’euros, soit 223 euros par habitant, à rapprocher des 2 977 euros dépensés en moyenne par Français l’an passé. « Depuis 2008, le RAC diminue du fait de facteurs structurels tels que la forte progression des effectifs de personnes exonérées de ticket modérateur au titre des affections de longue durée », souligne la Drees, qui note encore qu’en 2017, le RAC représente 1,1% du revenu disponible des ménages, en baisse tendancielle depuis 2008.

La prévention, parent pauvre de la santé

Enfin, le poste prévention, qui représente au total 14,9 milliards d’euros en 2016 (les chiffres 2017 ne sont pas connus), devrait être amené à évoluer dans le cadre du futur plan santé qui sera présenté en ce mois de septembre. Ce poste regroupe jusqu’alors la prévention dite « institutionnelle », financée ou organisée par des fonds et des programmes de prévention nationaux ou départementaux, dont le montant est estimé à 5,8 milliards d’euros. S’y ajoute des actes et traitement à visée préventive, estimés à 9,1 milliards, pris en charge par l’Assurance-maladie à hauteur de 6,6 milliards en 2016. Sur cette dernière somme, 2,2 milliards sont consacrés aux actions de dépistage et 4,1 milliards sont dépensés pour la prise en charge de facteur de risques ou de formes précoces de maladies. Cette prévention demeure le parent pauvre du secteur de la santé, avec 7,45% de l’ensemble des dépenses consacrées à la consommation de soins et bien médicaux.

Jean-Jacques Cristofari

(1) « Les dépenses de santé en 2017 », Drees, édition 2018, septembre 2018.

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