Complémentaires santé : Des écarts selon les catégories professionnelles

Complémentaires santé : Des écarts selon les catégories professionnelles

Dans le secteur privé, sept salariés sur dix bénéficient d’une complémentaire santé par le biais de leur employeur. Malgré l’existence de dispositifs d’aide pour les plus précaires, près de 5% des personnes ne bénéficient d’aucune couverture complémentaire santé. Dans les rangs des actifs, seulement 3% des salariés du privé ne sont pas couverts par une complémentaire santé.

L’Enquête (1) santé européenne-Enquête santé et protection sociale (EHIS-ESPS) nous révèle qu’en 2014, 95% des personnes résidant en France sont couvertes par une complémentaire santé. Sur ce nombre, 7% le sont par la Couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C). Cette dernière a ainsi permis de stabiliser le nombre de personnes sans couverture complémentaire à 5% depuis 2008. Toujours en 2014, près de 16% des personnes sans emploi sont sans couverture complé-mentaire et 25% sont bénéficiaires de la CMU-C.

« Le taux de personnes ne bénéficiant pas d’une couverture complémentaire santé s’élève à 9% parmi les personnes au foyer, 11% parmi les autres inactifs, 8% parmi les personnes sans diplôme et 7% parmi les familles monoparentales », souligne la dernière production de l’IRDES (2). C’est dans les rangs des foyers ayant les plus faibles revenus que se concentrent les personnes sans couverture complémentaire santé. Ainsi, la moitié des personnes non couvertes par une complémentaire santé ont un niveau de vie inférieur à 1 000 euros par mois, contre 20% dans l’ensemble de la population. 80% des personnes non couvertes ont un niveau de vie inférieur à 1 500 euros par mois, contre 50% dans l’ensemble de la population.

L’enquête met également en évidence que ceux ou celles qui déclarent un état de santé « mauvais ou très mauvais », près de 9% ne sont pas couvertes par une complémentaire santé. En revanche, le fait d’avoir ou non une maladie chronique n’est pas corrélé au niveau de couverture : le taux de personnes sans couverture est pratiquement identique chez les personnes en Affection de longue durée (ALD) et chez celles qui ne le sont pas.

Disparités selon l’âge et le statut social

Par ailleurs, 9% des jeunes adultes (20-29 ans) n’ont pas de couverture complémentaire et 8% de ces derniers ont une CMU-C. Le taux de bénéficiaires de la CMU-C est plus élevé pour les moins de 20 ans, de 10% pour les 10-19 ans avec un maximum de 13% pour les moins de 10 ans. Parmi les seniors, ce dernier taux chute à 4% au-delà de 70 ans.

Enfin, le taux de personnes couvertes par une couverture complémentaire privée est de 83% entre 20 et 29 ans et il augmente avec l’âge atteignant 95% au-delà de 60 ans. « Si les retraités accèdent désormais autant que le reste de la population à une couverture complémentaire santé, cette couverture est relativement coûteuse du fait de la tarification liée à l’âge, pratiquée de manière quasi-généralisée par les contrats individuels », note encore l’IRDES.

Dans les rangs des actifs, seulement 3% des salariés du privé ne sont pas couverts par une complémentaire santé. 70% le sont par un contrat collectif et 25% par un contrat individuel. Dans les rangs des « indépendants », 88% des indépendants qui bénéficient d’incitations fiscales (contrats dits « Madelin ») sont couverts et plus de 95% des salariés du secteur public disposent d’une couverture complémentaire privée. La CMU-C couvre 4% des indépendants, 2,4% des salariés du secteur privé et seulement 1,4% des salariés du secteur public.

Les contrats collectifs dominent

Près de 87% des cadres déclarent bénéficier d’un contrat collectif, contre 77% des personnes occupant une profession intermédiaire, 69% des ouvriers qualifiés et 65% des employés administratifs. Seulement 53 des employés du commerce et 51% des ouvriers non qualifiés bénéficient de ce type de contrat. « L’enquête de 2009 avait permis de constater que les employés et les ouvriers se voyaient moins souvent proposer une couverture par leur employeur que les cadres et, de surcroît, souscrivaient moins souvent la couverture collective lorsqu’elle leur était proposée », ajoute les auteurs de l’étude. Par ailleurs, les jeunes salariés bénéficient moins souvent d’une complémentaire santé d’entreprise sur leurs aînés (60% chez les moins de 30 ans contre plus de 70% chez les 30-60 ans). La plus faible proportion de CDI dans leurs rangs explique ce phénomène. Enfin, les femmes – qui de l’avis de l’enquête sont beaucoup plus souvent employées administratives et de commerce et moins souvent cadres que les hommes – sont moins souvent couvertes par un contrat collectif que les hommes (66% contre 73%).

Meilleurs remboursements des contrats collectifs

L’enquête EHIS-ESPS a interrogé les enquêtés sur leur opinion concernant les garanties dont ils bénéficient. Il en ressort que les salariés du privé titulaires d’un contrat collectif se distinguent nettement des détenteurs d’un contrat individuel. Les premiers considèrent que leurs dépassements d’honoraires sont mieux remboursés : 78% contre 60% pour les salariés du privé titulaires d’un contrat individuel, 63% pour les indépendants, 57% pour les retraités et seulement 51% pour les salariés du secteur public. Il en va de même pour les frais d’optique (81% contre 57% pour les autres salariés du privé et les indépendants, et 50% environ pour les retraités et les salariés du secteur public) ou encore pour les frais dentaires (71% contre 50% pour les autres salariés du privé et les indépendants, et 46% environ pour les retraités et les salariés du secteur public).

Les résultats de l’enquête 2017 devraient nous préciser quel est l’impact des évolutions législatives et réglementaires en matière de complémentaire santé.

Jean-Jacques Cristofari

(1) L’Enquête santé et protection sociale (ESPS), réalisée tous les deux ans par l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), sélectionne un échantillon d’assurés auprès des trois grands régimes de l’Assurance maladie. Elle est administrée auprès de personnes et des membres de leur ménage, soit 23 000 personnes appartenant à 8 000 ménages.
(2) IRDES, Questions d’économie de la santé, n°229, janvier 2018, « La complémentaire santé en 2014 : 5% de non-couverts et 12% parmi les 20% les plus pauvres »

Cet article a été publié dans Actualité, Notre actualité.