Accès aux soins : le gouvernement sort son catalogue de solutions

Accès aux soins : le gouvernement sort son catalogue de solutions

Alors que les députés se préparent à débattre du Projet de loi de financement de la Sécu pour 2018, la ministre de la Santé et le Premier ministre viennent de présenter le premier volet de la Stratégie Nationale de Santé relatif à l’accès aux soins. Les maisons de santé constituent l’axe central de la réponse apportée aux déserts médicaux.

Les grands axes de la Stratégie Nationale de Santé (SNS) sont connus depuis le mois passé. Ils portent sur la promotion d’une alimentation saine et de l’activité physique, la prévention des maladies infectieuses, la lutte contre les conduites addictives, la promotion de la santé mentale, d’un environnement et de conditions de travail favorables à la santé, l’amélioration du dépistage et la prévention de la perte d’autonomie. Un autre objectif de cette SNS est de lutter contre les inégalités sociales et territoriales d’accès à la santé, en passant par une approche centrée sur les besoins des patients, avec des parcours organisés au niveau du territoire. En octobre, la ministre de la Santé présentera à cet effet un plan d’accès aux soins, qui sera ensuite complété d’ici l’adoption, en décembre, de la SNS. L’innovation, organisationnelle, médicale, technologique ou numérique, fait également partie de la stratégie annoncée. Cet axe s’appuiera notamment sur le développement de la télémédecine.

Effectifs de généralistes à la baisse

Sans attendre la consultation publique qui se tiendra en novembre, la ministre de la Santé a fait connaitre le 13 octobre son plan gouvernemental « pour renforcer l’accès territorial aux soins ». La veille, l’Ordre des médecins a rappelé que la profession, vieillissante, voyait ses effectifs décroître chez les généralistes (-9,1% de 2007 à 2017, soit 88 000 médecins) dans toutes les régions à l’exception des Pays-de-la-Loire. Il a indiqué que près de 30 % des médecins en activité régulière ont plus de 60 ans et sont donc proches de la retraite. Les 23 000 médecins à diplôme étranger en activité régulière dans le pays ne pallieront pas les manques de médecins libéraux. Pour l’essentiel, on les trouve à l’hôpital.  « Le temps est venu d’être politiquement efficace », a fait savoir Patrick Bouet,  Président du conseil national de l’Ordre des médecins, à l’occasion de la présentation de son 11e atlas démographique annuel. Pour lutter contre les déserts médicaux, « les bonnes solutions restent à trouver », a-t-il encore indiqué.

Renforcer l’offre de soins dans les territoires

Pour répondre à la pénurie de médecins, le Pr. Agnès Buzyn a présenté depuis Châlus, en Haute-Vienne, un catalogue de mesures. Ce plan (1) propose un « panel de solutions adaptables à chaque territoire », souligne la ministre de la Santé en proposant d’articuler son action autour de quatre priorités : le renforcement de l’offre de soins dans les territoires; la mise en oeuvre de la révolution numérique en santé; une meilleure organisation des professions de santé; et enfin une nouvelle méthode : « faire confiance aux acteurs des territoires pour construire des projets et innover dans le cadre d’une responsabilité territoriale. » Il n’y aura pas de mesures coercitives. « Faire confiance aux acteurs de terrain », constitue la nouvelle méthode douce du gouvernement.

Comme attendu, le plan gouvernemental confirme l’objectif de doublement du nombre de maisons de santé pluri-professionnelles sur le quinquennat (elles sont 910 au recensement de mars dernier) en les dotant de soutiens financiers à hauteur de 400 millions d’euros. Les médecins libéraux seront également incités à exercer à temps partiel dans des zones sous-dotées grâce à une revalorisation de leurs primes et les médecins à la retraite verront le cumul emploi-retraite (pratiqué par près de 17 000 médecins) facilité grâce à un avantage élargi en matière de cotisation dans les zones en tension. Les consultations avancées – hors cabinet principal – seront également encouragées. Enfin, des négociations devront se tenir entre l’Assurance-maladie et les médecins au début de l’année prochaine pour fixer les tarifs de téléconsultations. Un « comité national de suivi des actions locales », présidé par la ministre, sera chargé « d’identifier les dispositifs qui fonctionnent, de les évaluer et d’adapter les mesures mises en oeuvre ».

Dans un proche avenir, « 12,4% de la population va faire face à une situation de faible accessibilité actuelle ou prévisible », a indiqué le Pr. Buzyn, qui a invité les professionnels de santé à expérimenter de nouvelles organisations. « Le nombre de zones à accessibilité faible va augmenter dans les années à venir, a-t-elle encore souligné, et cette situation va progressivement s’étendre à de nouveaux territoires, en accentuant les tensions démographiques, en raison de la diminution du nombre de médecins généralistes libéraux en exercice et des départs en retraite des médecins de plus de 65 ans. » Il reste désormais à voir si ce panel de mesures suffira pour répondre aux demandes de plus en plus pressantes de certains territoires où les médecins ne sont déjà plus présents. Un peu plus de 8 % de la population vit à ce jour dans l’une des 9 000 communes sous-denses en médecins généralistes, soit environ 5,3 millions d’habitants.

Jean-Jacques Cristofari

(1) Renforcer l’accès territorial aux soins, Ministère de la Santé, 11 octobre 2017

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