Une femme médecin de la société civile à la Santé

Une femme médecin de la société civile à la Santé

La Professeure Agnès Buzyn a été nommée ministre des Solidarités et de la Santé. Cette éminente scientifique, spécialiste d’hématologie, d’immunologie des tumeurs et de la transplantation, n’aura fait qu’un bref parcours à la Haute Autorité de Santé. Elle devra renouer les liens avec la communauté médicale, libérale et hospitalière.

La feuille de route d’Agnès Buzyn est claire. Elle est donc chargée de sa mise en œuvre « dans les domaines de la solidarité, de la cohésion sociale, de la santé publique et de l’organisation du système de santé  », précise le décret relatif à ses attributions. La ministre devra également préparer et mettre en œuvre la politique du gouvernement en matière de protection sociale, mais cela se fera « sous réserve des compétences du ministre de l’action des comptes publics  ». Car le nouveau président l’a, par avance, précisé : une augmentation de la CSG (1,7 %) sera introduite et il faudra faire des économies dans le champ de la santé. Le périmètre du ministère inclut aussi la famille, l’enfance, les personnes âgées et la dépendance. Ainsi que l’organisation des soins et la politique de prévention, étroitement imbriquées. Enfin, la ministre aura également en charge « les règles relatives aux régimes et à la gestion des organismes de sécurité sociale ainsi qu’aux organismes complémentaires, …  ».

Habituée des arcanes de la Santé, pour être depuis mars 2016 la présidente de la Haute autorité de santé (HAS), après avoir présidé l’Institut national du cancer (INCa) où elle avait été nommée par François Hollande, Agnès Buzyn a, devant elle, de nombreux chantiers. Au premier chef celui de l’application de la loi de modernisation du système de santé, qui n’a jamais réellement satisfait les parties prenantes du dit système : tant du côté de l’hôpital, qui attend une révision profonde de ses modes de tarifications et le règlement de millions d’heures supplémentaires, que du côté du monde ambulatoire libéral, qui espère l’abandon du tiers payant généralisé et une réévaluation conséquente des honoraires médicaux, qui sont loin de la moyenne européenne. Agnès Buzyn aura surtout à régler la très délicate question des déserts médicaux que de nombreux experts pensent pouvoir résoudre par de meilleures collaborations entre la ville et l’hôpital, du moins tant que les nouvelles générations d’internes ne sont pas encore arrivées sur le marché de la santé. Les maisons de santé pluri-professionnelles sont également appelées à se développer sur le territoire pour répondre à la question.

En attendant le PLFSS

L’industrie du médicament attend également la ministre de la Santé au tournant. Elle a, dans un passé récent, fait savoir que la loi Bertrand de 2011, sur les conflits d’intérêt et la transparence des liens entre les industries de santé et les autres acteurs du champ de la santé, était devenue trop « handicapante » pour certains chercheurs. Alors patronne de la HAS, elle semblait regretter de ne pouvoir accueillir des chercheurs qui ont des liens d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique. Le LEEM ne manquera sans doute pas de revenir sur ce sujet, mais l’organisation des industriels du médicament attend surtout de la ministre qu’elle mette un sérieux coup de frein aux velléités de la CNAMTS de puiser dans les marges de ces derniers pour rétablir les comptes maladie en déficit.
Pour l’immédiat, Agnès Buzyn aura à préparer la refonte du système de retraite et surtout la prise en charge intégrale des lunettes et des prothèses dentaires, annoncée par Emmanuel Macron lors de sa campagne électorale. Ce dernier chantier, qui pèse plus de 5 milliards d’euros, ne devrait pas être sans incidence notable sur les comptes des opérateurs de l’assurance maladie complémentaire. Devront-ils passer par une nouvelle augmentation des cotisations des assurés ou une part de la hausse de la CSG sera-t-elle affectée à cette dépense ?

La ministre a horreur des dépassements d’honoraires, qu’elle n’a jamais pratiqués au cours de son activité hospitalière. Aussi le tiers payant généralisé, qui ne serait plus à l’avenir que « généralisable », c’est-à-dire facultatif, selon le nouveau Président de la République, devrait-il trouver chez elle une oreille plus réceptive. Car il doit être appliqué dans son mode généralisé au 1er décembre prochain ! De quoi raviver de nouvelles tensions avec le corps médical libéral ? La principale organisation de praticiens, la CSMF, a déjà donné le ton : « sans faire de procès d’intention », elle évoque la nomination d’Agnès Buzyn comme « un mauvais signal pour la médecine libérale ». La préparation, pour septembre prochain, de la future loi de financement de la Sécu pour 2018 devrait rapidement donner le climat pour les mois à venir. Pour l’heure tous les scénarii sont ouverts.

Jean-Jacques Cristofari

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