Très chère Sécu

Très chère Sécu

Le 21 février, cinq prétendants à la présidence de la République ont été réunis par la Mutualité Française pour livrer leurs propositions sur la santé. Les leaders de l’échéance du mois d’avril ont replacé les relations entre régimes obligatoire et complémentaire au centre des débats.

73 % des français sont inquiets quant à l’avenir de la Sécurité sociale et 68 % craignent que leurs soins soient moins bien remboursés à l’avenir. C’est ce qui ressort d’un sondage mené sur « les attentes des Français en matière de santé » (1) par  Harris interactive pour la Mutualité Française et présenté en ouverture de la rencontre « Place de la Santé », le 21 février, au Palais Brongniart à Paris, pour laquelle 5 candidats à la présidentielle ont été invités à présenter leur programme pour la santé et la protection sociale de demain. Dans un système de santé que 46 % des Français considèrent s’être dégradé ces dernières années, ces derniers ont globalement le sentiment que leur reste à charge ont augmenté depuis 5 ans, quel que soit le type de soins : 52% pensent qu’il s’est accru pour les consultations chez les médecins spécialistes, 51% pour les lunettes et les prothèses auditives, et 50% pour les soins dentaires.

Zéro reste à charge

Les inquiétudes des Français ont-elles été comprises par les candidats à la Présidence de la République ? Pour François Fillon, qui a fait marche arrière sur ses propositions d’hier, l’articulation entre AMO et AMC constitue bien « un sujet central ». Il a, dans ce cadre, évoqué un objectif du « zéro reste à charge » d’ici 2022, pour l’optique, le dentaire et l’audioprothèse, assis sur  » un nouveau partenariat entre la sécurité sociale et les organismes complémentaires ». Une prise en charge à 100% pour les lunettes des enfants dès 2017 a été avancée par le candidat LR ce 21 février. Il a également précisé le rôle de la future « agence de garantie de la couverture solidaire des dépenses de santé », qui associera l’État, les caisses de sécurité sociale, les organismes complémentaires et les professions de santé. Celle-ci permettra de préparer des accords sur le partage des remboursements entre l’assurance maladie et les complémentaires. Le tout assorti d’une remise à plat des différentes taxes touchant les complémentaires santé.
Du côté d’Emmanuel Macron, d’ « En marche ! » qui revendique la paternité de la prise en charge à 100 % des prothèses auditives, optiques et dentaires, la vraie révolution doit passer par la prévention. Pour ce dernier, investir dans la prévention aujourd’hui, c’est diminuer les dépenses de demain. Reste qu’il faudra à cet effet « changer les modes de rémunération des professionnels de santé » en diversifiant leurs revenus, et combler les trous dans les déserts médicaux. Un doublement des maisons de santé pluriprofessionnelles, tel qu’il le suggère, suffira-t-il à reconquérir les 30 % du territoire abandonnés par les médecins ? Rien n’est moins sûr ! Mettre en place un conventionnement sélectif à l’installation sera-t-il efficace pour obliger les jeunes médecins à aller dans les déserts médicaux ? « Tout le monde est d’accord pour lutter contre les déserts médicaux », mais « la solution miracle » reste à trouver a rappelé Benoit Hamon, candidat du PS, plutôt favorable à une restriction à l’installation dans les zones sur-dotées en médecins. Egalement adepte de la prévention, ce dernier a défendu une « culture du sport santé » qui passera par un remboursement par la sécurité sociale d’une activité physique aménagée ou adaptée pour tout malade chronique, après prescription d’un médecin.

Un ONDAM autour de 2 %

Au-delà des diverses propositions de réforme de la santé avancées par les candidats, que l’on peut réécouter dans leur intégralité sur le site Internet de « Place de la Santé » (2), la question du financement des dépenses a également été évoquée. François Fillon, en présentant un plan santé « rebâti, enrichi, amélioré », a ainsi indiqué vouloir « ramener l’assurance-maladie à l’équilibre d’ici à 2022 en faisant 20 milliards d’économies en cinq ans ». A cet effet, le futur objectif national d’évolution des dépenses maladie (ONDAM) devra être contenu à moins de 2 %, alors même que l’évolution « naturelle » des dépenses est de 4,5 %. Un objectif qui ne devrait pas, selon le candidat LR passer par une baisse du niveau de la prise en charge par l’assurance-maladie et qu’il souhaite faire accepter lors d’Assises de la santé qui seraient organisées fin 2017 ou début 2018. Emmanuel Macron, qui propose d’arrêter un ONDAM à 2,3 % pour 2018-2022, prône de son côté pour financer l’assurance-maladie, une suppression de 3,1 points de charges sociales salariales pour un transfert vers 1,7 points de CSG taux normal. Parallèlement à ce transfert, il propose de clarifier la mise en concurrence entre AMO et AMC, qui devrait permettre d’améliorer la couverture sanitaire des Français. Enfin, M. Fillon a réaffirmé sa volonté de supprimer la généralisation du tiers-payant mise en place par le gouvernement socialiste qui « a mené une étatisation rampante de la médecine libérale et stigmatisé l’hospitalisation privée ». M. Macron est sur cette question demeuré au milieu du gué en évoquant un tiers payant « généralisable » plutôt que généralisé. « La gauche a fait semblant de mettre en place le tiers payant. La droite fera semblant de le supprimer », ironise à ce sujet chez MG France le Dr Gilles Urbejtel. Car il sera sans doute difficile, tant les Français lui sont favorables (77 % selon le sondage précité), de faire marche arrière sur le sujet.

Jean-Jacques Cristofari

(1) cf. Les attentes des Français en matière de santé
(2) Place de la Santé

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