Tiers payant : les officines se rebiffent

Tiers payant : les officines se rebiffent

Alors qu’ils enregistrent l’an passé une nouvelle baisse de leur vente, les représentants des pharmacies d’officine veulent signer un contrat pluriannuel avec l’Etat et l’Assurance-Maladie. A la veille de leur négociation en vue d’une nouvelle convention, ils égratignent au passage la gestion du tiers payant.

Depuis deux années déjà, le chiffre d’affaires des médicaments remboursables vendus par les officines ne progresse plus. Cette « croissance zéro » de ce qui constitue le cœur de l’activité du monde officinal a entrainé une baisse de 2,5 % de leur rémunération – de leur marge – en 2015 et de 1,5 % en 2016, selon les calculs faits par l’Union des Syndicats de Pharmaciens d’officine (USPO). Face à la dégradation de leur modèle économique, les représentants syndicaux s’interrogent sur leur avenir. Ce d’autant que le Comité économique des produits de santé (CEPS) a récemment présenté un plan d’économies sur les génériques, qui pèserait pour plus de 50 % sur les officines et leur ferait perdre 152 millions d’euros supplémentaires, alors même que le gouvernement présente dans les médias une campagne d’information active en faveur de ces mêmes génériques. « Ces nouvelles dispositions réduiraient à néant l’investissement des pharmacies sur le développement du générique et le plan gouvernemental de communication en cours« , commente à cet égard l’USPO.

Négociations cadrées
Plus récemment, les syndicats ont reçu la lettre de cadrage de la ministre de la Santé, fixant les grandes lignes de sa politique sur le plan du médicament. Madame Touraine y annonce la poursuite des baisses de prix des médicaments de ville – princeps et génériques - en vue de financer les médicaments innovants dispensés à l’hôpital. Elle propose également de subventionner des pharmacies dans des zones sensibles pour les empêcher de fermer, suite aux difficultés économiques engendrées par les baisses de marge. De plus, elle annonce la mise en place d’un observatoire pour analyser la rémunération des pharmacies. Enfin, la ministre se dit  favorable à un financement pluriannuel soutenant la convention pharmaceutique pour réformer la profession. Cette lettre de cadrage pose au total les bases de la renégociation de la convention pharmaceutique pour la période 2017-2022 et pour laquelle quatre séances sont fixées à compter du 22 février prochain. « La lettre de cadrage est classique et précise un nombre d’éléments portés à la discussion conventionnelle, souligne de son côté Philippe Gaertner, président de la Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France (FSPF), pour qui il manque encore une « quantification en euros ». « Nous ne voulons plus être considérés comme un « coût de distribution », résultat d’une politique industrielle que nous ne maîtrisons pas, résume Gilles Bonnefond, président de l’USPO. Nous devons être reconnus et rémunérés comme des professionnels de santé« .

Simplifier le tiers payant
Pour l’heure, l’USPO a invité les officinaux à se mobiliser ce mois de janvier en affichant dans leur vitrine : « l’accès aux soins en danger ». Il invite également les pharmaciens à participer à un mouvement de grève des gardes du 23 au 29 janvier pour protester face à un projet d’ordonnance relatif au maillage officinal qui déstabiliserait le réseau pharmaceutique. Enfin, le syndicat a réalisé une enquête sur « les coûts cachés de la gestion du tiers payant ». Ses résultats font ressortir que le temps passé à gérer ce tiers payant est supérieur à un mi-temps, en augmentation depuis 10 ans. Son coût a également été estimé : il serait compris entre 13 246 euros et 28 601 euros par officine, selon la valorisation du temps passé (préparateur ou pharmacien). Le syndicat déplore également « perte de temps face aux patients par la complexité et les changements croissants des droits notamment de complémentaires santé et depuis l’arrivée de l’ACS ». Enfin, il pointe un « coût supplémentaire » pour favoriser les rapprochements bancaires (concentrateurs, logiciels, sociétés d’externalisation) et une augmentation du temps passé à la gestion des réclamations. « Aucune profession de santé ne peut supporter un tel niveau de dépenses supplémentaires et un risque financier », commente Gilles Bonnefond qui appelle l’Assurance Maladie et les complémentaires santé à faire « le choix de l’efficacité ». « Le tiers payant doit désormais être simplifié avec les professionnels de santé qui le pratiquent, conclut l’USPO. Cette simplification doit être priorisée, notamment par une convention unique entre les pharmaciens et les complémentaires santé limitant l’hétérogénéité des supports de droits et des pratiques. »

Jean-Jacques Cristofari

Cet article a été publié dans Actualité, Notre actualité.