Tensions sur la santé

Tensions sur la santé

La caisse nationale d’Assurance-maladie vient de publier sa mise en perspective des dépenses remboursées par groupes de pathologies. L’étude vise surtout à identifier les leviers de maîtrise des dépenses. Il en ressort que les maladies chroniques pèsent de plus en plus lourd.

C’est à partir des données du Sniiram (1) que la CNAMTS vient de nous livrer une cartographie des pathologies et des dépenses qui leur sont associées. 56 groupes de pathologies ou évènements de santé ou traitement, fréquents, graves ou coûteux ont été ainsi passées en revue et 13 grandes catégories de pathologies ont été mises en avant. Elles traduisent l’état de santé des 57 millions de bénéficiaires du régime général, soit 4 Français sur 5 entre 2012 et 2015.

Si plus d’un bénéficiaire de la Sécu sur deux a recouru à un soin courant, le reste de la population, soit 26 millions d’assurés, a été concerné par des soins liés à des pathologies chroniques, des traitements médicamenteux spécifiques au long cours ou la maternité, relève l’Assurance maladie.

Tous postes confondus, les hospitalisations ponctuelles représentent le 1er poste des dépenses remboursées sur l’ensemble des régimes (32,5 %), soit une population de 7,5 millions d’assurés. Le 2ème poste renvoie aux maladies psychiatriques et traitements psychotropes (21,3 % des remboursements, soit 19,3 milliards en 2015 sur 133,6 milliards d’euros remboursés) qui affectent 7,2 millions d’individus. Il est à égalité avec les dépenses consacrées aux maladies cardio-neurovasculaires et les traitements du risque vasculaires (21,3 % des dépenses) qui concernent au total 11,137 millions d’individus.

« Grâce à ces données (…) nous sommes en train d’expérimenter des prises en charge psychothérapiques pour les épisodes dépressifs légers afin d’éviter le recours aux médicaments », a expliqué Ayden Tajahmady, directeur adjoint de la direction des statistiques de l’Assurance maladie. La question est d’autant plus cruciale que le nombre de personnes atteintes de maladies psychiatriques devrait augmenter de 11% d’ici 2020 (soit 246 100 patients en plus).

L’impact du vieillissement

Selon les estimations réalisées, le nombre de personnes traitées pour du diabète (3 millions de personnes à ce jour) augmenterait de 12% entre 2015 et 2020. En 2020, plus de 4 millions de malades seraient ainsi concernés, ce qui justifierait des actions de prévention de maîtrise des dépenses, commente l’Assurance maladie.
Cette dernière note également que les grandes tendances observées depuis 2012 (date du début des analyses médicalisées) se confirment en 2015 avec « un recours important et croissant » aux hospitalisations ponctuelles sans lien possible avec une pathologie spécifique (+ 335.000 personnes sur quatre ans). Cette hausse s’explique notamment par le vieillissement de la population qui constitue le 1er poste des dépenses (30,7 milliards d’euros en 2015).

« La tension persiste sur le système de santé », a commenté le Pr. Luc Barret, médecin conseil national de l’Assurance maladie. Pour ce dernier, l’étude de la CNAMTS devait permettre pour le proche avenir « d’identifier les leviers de la maîtrise des dépenses ». La future loi de financement pour la Sécu, en préparation pour cette rentrée, devrait nous préciser le niveau auquel le gouvernement en place acceptera de placer la barre de l’Objectif national d’évolution des dépenses maladie (ONDAM). En attendant, la CNAMTS prépare son nouveau plan de maîtrise des dépenses.

Jean-Jacques Cristofari

1) Système national d’information inter-régimes de l’Assurance maladie

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