Sophia : un bilan très controversé

Mise en place en 2008 par la CNAMTS, le programme d’accompagnement des malades diabétiques de type 2, dénommé Sophia, vient d’être l’objet d’un bilan de parcours et d’une évaluation médico-économique réactualisée. Mais les résultats de cette dernière n’ont pas été rendus publics et sont l’objet de débats assez vifs.

Déployé en 2008 dans 10 départements français et un département d’outre mer, puis étendu en septembre 2009 à 19 départements français, Sophia inclut à ce jour 226 000 adhérents sur 1,8 millions de personnes diabétiques éligibles à ce service en santé, selon le dernier bilan de Sophia présenté par la CNAM le 21 février dernier. Environ 55 800 médecins traitants ont aujourd’hui un patient éligible dans leur patientèle. 140 conseillers en santé accompagnent actuellement les adhérents en leur proposant des clés pour prendre soin d’eux et mieux équilibrer leur diabète. Fin 2013, près de 270 infirmiers conseillers en santé seront répartis dans les six centres et unités d’accompagnement de Sophia.
Une étude de satisfaction menée en 2011 dans les départements qui étaient alors concernés par le service avait montré que les médecins étaient 75 % à apprécier l’aspect pédagogique et informatif du service pour les patients et 61 % à le juger utile pour les malades, indique la CNAM. Cette dernière souligne que « Sophia s’inscrit dans une politique globale de l’assurance-maladie pour renforcer la prévention et améliorer la prise en charge des malades chroniques, en premier lieu le diabète. » L’objectif est de réduire la part des patients qui ne réalisent pas du tout de dosage de l’hémoglobine glyquée (mesure de l’équilibre glycémique) et d’augmenter de 2 points le recours à la consultation ophtalmologique et dentaire.
Moindres dépenses de santé chez les adhérents
La CNAMTS a souhaité évaluer de manière régulière et à plus long terme les effets de son service de « disease management à la française ». Des résultats bruts obtenus il ressort que sur la période 2008 à 2011, « une amélioration est constatée sur la quasi-totalité des indicateurs mesurés pour l’ensemble des populations observées ». Mais les résultats sont aussitôt assortis d’une remarque de précaution faisant valoir que « les données brutes ne permettent cependant pas d’évaluer l’impact du service Sophia, les trois cohortes n’ayant pas les mêmes caractéristiques de départ. » Après ajustement statistique, il ressort de l’analyse « qu’à caractéristiques égales, le suivi des examens recommandés a plus fortement progressé chez les adhérents que dans la population témoin et non adhérente. ». Les dépenses délivrées en milieu ambulatoire entre 2009 et 2011 sont moindres parmi les adhérents à Sophia par rapport au groupe témoin, de même pour celles délivrées à l’hôpital. Ainsi, à profils comparables et après ajustement, les dépenses ambulatoires (10 264 euros en moyenne par adhérent) et hospitalières (4 755 euros) des adhérents Sophia sont moins élevées de 226 euros que celles des patients témoins (dont -54 euros pour le poste ambulatoire et -172 euros pour le poste hospitalier).
Reste que les résultats de cette étude sont largement discutés dans les rangs des médecins, dont certains soulignent que le rapport d’évaluation de 2010 n’est toujours pas rendu public en 2013. « L’impact positif de Sophia sur des indicateurs simples comme les dosages sanguins de suivi ou le recours conseillé à des consultations spécialisées est insignifiant », souligne ainsi le Dr Dominique Dupagne, membre démissionnaire du conseil scientifique de Sophia, qui évoque sur son site Internet les « mauvais calculs de la CNAMTS » (1). « Les conditions de son implantation en France et de sa promotion actuelle dans les media lui assureront au moins des indicateurs élevés en termes de notoriété à ne pas confondre avec des indicateurs de qualité des soins effectifs sur le terrain », indique de son côté le Dr Jean-Luc Gallais, Chargé de mission santé publique chez MG France. Sophia qui a déjà été l’objet d’un rapport de l’IGAS publié en avril 2012, devrait être à l’avenir l’objet de nouvelles polémiques. « . On voit bien que le diabète est une pathologie sociétale et sociale, et que les populations qui en auraient le plus besoin ne sont pas touchées par tous ce programme », note de son côté Gérard Raymond, le président de l’Association française des diabétiques. Pour ce dernier, au regard du volet médical, « on peut s’interroger sur les résultats immédiats de cette grande opération, quand on voit qu’il faut aller chercher au centième de la virgule l’amélioration de la population ». A l’évidence, la CNAMTS devra rendre public ses résultats pour convaincre, si elle le peut encore.

Jean-Jacques Cristofari

(1) Cf. http://www.atoute.org/n/Sophia-les-mauvais-calculs-de-la.html

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