Sécu : un anniversaire sur fond de contestations

Sécu : un anniversaire sur fond de contestations

La Sécurité sociale a fêté ses 70 automnes le 6 octobre dernier à la Maison de la Mutualité. L’heure était à la commémoration et aux discours mais également à la contestation dans les rangs des médecins libéraux.

« La politique menée par le gouvernement a permis de réduire le déficit de 18 milliards en 5 ans et de ramener des dépenses d’assurance maladie, qui s’envolaient, à 2% », a déclaré le président de la République en clôture de la célébration de l’anniversaire de la Sécu. Ce dernier a reconfirmé que la protection universelle de maladie sera mise en place pour tout résidant en France de plus de 18 ans, avec une couverture assurée dans la continuité de son parcours professionnel. Il a surtout rappelé que le tiers payant sera déployé d’ici la fin de l’année « pour l’ensemble des assurés et des actes de soins » – sans préciser s’il s’agira des seuls soins de médecine générale – et « sur la base de solutions simples pour les professionnels de santé » – sans indiquer s’il y aura un système unique ou pas de recouvrement -.
Nouvelles réalités
Au préalable, la ministre de la Santé a souligné les deux étapes, fondamentales à ses yeux, qui seront mises en oeuvre dans le domaine de la santé : la généralisation du tiers payant et la protection universelle de maladie. Le tiers payant viendra donc « parachever le caractère profondément juste et universel de notre système de santé », a insisté Marisol Touraine qui y voit une « réforme de justice profondément structurante. Quant à la couverture universelle maladie, qui fait de l’ayant droit un assuré à part entière, elle constitue « un progrès en terme de citoyenneté sociale » mais aussi « la démonstration que la sécurité sociale se réforme pour s’adapter aux nouvelles réalités ».
La modernisation du financement de la Sécu semble donc inscrite sur la feuille de route de la ministre de la Santé. Une modernisation qui ne fait cependant pas l’affaire des professionnels de santé qui s’insurgent contre les modalités de sa mise en oeuvre, dont ils récusent l’efficacité. En grève depuis le 5 octobre à l’appel du syndicat des généralistes, les médecins de famille sont excédés de l’absence de réponses apportées par la ministre à leur demande d’investissement dans le champ des soins primaires. « Marisol Touraine a annoncé un « virage ambulatoire » en faveur de la médecine générale et elle ne l’a pas fait », proteste Claude Leicher, président du syndicat des généralistes. « Elle a annoncé la mise en place d’une stratégie nationale de santé. Où est-elle ? La réalité est que les généralistes n’en peuvent plus et sont en colère, car ils ne reçoivent pas les réponses qu’ils attendent en termes de moyens. » Sourde aux protestations des médecins de famille, Marisol Touraine trace son chemin, estimant que les vrais enjeux sont ailleurs, en particulier dans le redressement des comptes de la Sécu. Si le déficit du régime général été réduit de 40 % en trois ans – dixit la ministre -, le retour à l’équilibre n’est plus attendu avant 2020, voire au-delà, souligne la Cour des Comptes. Qu’à cela ne tienne. Pour l’heure, il n’est pas question de faire bouger les équilibres en place entre les acteurs de la santé et le « virage ambulatoire » annoncé attendra des jours meilleurs.

Jean-Jacques Cristofari

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