L’année 2011 a commencé en fanfare, avec un nouveau scandale sanitaire associé au mésusage d’une molécule initialement destinée aux diabétiques – le Mediator -, scandale qui nous vaudra dans les mois qui viennent une révision importante de notre système d’autorisation de mise sur le marché, de surveillance et de contrôle des produits de santé. Mais le déchaînement médiatique autour de ce qui est déjà « l’affaire Servier » ne doit pas nous faire oublier que notre système de santé se trouve face à des échéances et des enjeux majeurs. Au chapitre des premières, une hausse de 1 euro sur le prix des consultations délivrées par les médecins généralistes qui est presque passée inaperçue, mais dont le coût se chiffrera à quelque 300 millions d’euros pour l’assurance-maladie. Une augmentation qui était attendue depuis trois ans par nos médecins traitants du premier recours et qui ne devrait être qu’un prélude parmi d’autres échéances tout aussi voulues par le corps médical. Notamment celle relative aux multiples chantiers d’une convention médicale dont les négociations sont gelées depuis une bonne année et qui a laissé en suspend la question de la création d’un secteur optionnel pour tenter de mettre un frein aux dépassements d’honoraires, dont la facture dépasse les 2 milliards d’euros par an. Dans les rangs de la médecine libérale, quelles que soient les obédiences syndicales, nombreux sont ceux qui font valoir qu’il faudra investir sur les soins ambulatoires et notamment sur les soins dits de proximité, consacrés par le rapport de l’ex-ministre de la Santé, Elisabeth Hubert, et dont les conclusions attendent pour le proche avenir des traductions concrètes.
L’année qui vient de s’ouvrir verra également les Agences régionales de Santé procéder à une refonte complète de l’organisation des soins, en vue d’une meilleure efficience des prestations délivrées par l’ensemble des acteurs qui concourent à l’offre de soins régionale. Car cette nouvelle gouvernance de la santé devra surtout permettre de mieux gérer les fonds mis à disposition de la collectivité par nos systèmes assurantiels, assis pour l’essentiel sur les cotisations sociales des salariés et dont on sait qu’ils ne progresseront guère faute d’une relance forte de la croissance économique. Optimiser les coûts restera cette année encore le maître mot de l’assurance-maladie publique, toujours à l’affût de gisement d’économies. Au nombre de ces derniers se situe le poste médicament que l’actualité vient de remettre presque malgré lui au centre des débats. Les baisses de remboursement des spécialités pharmaceutiques, objet d’un décret annoncé en décembre dernier pour les produits à vignette bleue, pourraient ainsi s’accélérer au gré des sentences prononcées par les autorités de santé sur les services médicaux rendus par les médicaments ou les dispositifs médicaux. Les baisses de taux entraîneront immanquablement des restes à charge que les assurances complémentaires seront appelées à couvrir et qu’elles pourraient être amenées à compenser partiellement par des hausses de cotisations. En toile de fond de cette gestion de la santé, des malades chroniques dont le nombre ne cesse d’augmenter avec le vieillissement de la population et un dossier majeur, celui de la dépendance – un million de personnes concernées - qui attendent des réponses d’ici l’été.
Jean-Jacques Cristofari