Santé : l’Ordre des médecins propose sa réforme

Santé : l’Ordre des médecins propose sa réforme

L’Ordre des médecins vient de présenter 10 propositions opérationnelles pour réformer  notre système de santé. Objectif : alimenter le débat public et les programmes politiques des prochaines échéances électorales afin d’aboutir à la construction d’une réforme de santé ample et partagée.

L’Ordre des Médecins et son président, le Dr Patrick Brouet, a désormais pris l’habitude de s’immiscer dans le débat public quand il s’agit de réformer la santé. Il y a tout juste un an, le Conseil national rendait public son « livre blanc » (1), présentant dix propositions « pour réformer un système de santé », décrit comme « à bout de souffle ». Il y dresse trois grandes priorités, visant respectivement à « simplifier l’organisation territoriale des soins », à « alléger et décloisonner le travail des médecins » et à « ouvrir la formation ». Un an plus tard, l’Ordre récidive et présente un projet de réforme globale, articulé autour de quatre grands principes : « libérer en offrant un cadre qui permette de catalyser les énergies des acteurs individuels, décentraliser, simplifier, et garantir un réel accès aux soins à tous. » Après une large consultation régionale des médecins, conduite en 2015, l’institution ordinale a décidé de passer à l’acte et de proposer aux candidats de la présidentielle « une réforme globale, concertée et partagée pour notre système de santé » (2).

Miser sur les territoires

La réforme proposée suggère de repenser notre système de santé en partant des territoires. « Proposer l’offre de soins la plus à même de répondre aux besoins des populations exige de miser sur les acteurs des territoires, sur leur connaissance des problématiques locales, en leur donnant les moyens de s’organiser afin d’améliorer les situations particulières et variées de chaque bassin de vie », explique dans ce cadre le CNOM. Au-delà, l’Ordre propose à la fois « d’améliorer l’égalité de l’accès aux soins, de renforcer la qualité des soins, d’encourager la liberté des acteurs et les initiatives et de préserver l’équilibre financier du système, sans générer de nouvelles dépenses. » « Notre système de santé est au bord de l’explosion, note le Dr Bouet. S’il semble tenir aujourd’hui, ce n’est que grâce au dévouement des professionnels de santé qui le tiennent à bout de bras. » Partant des territoires, où se construit véritablement l’offre de soins, la réforme envisage de placer les professionnels au cœur du système, « en déconstruisant le système hyper-administré et centralisé actuel pour renforcer la concertation et s’appuyer sur les acteurs qui l’appliquent sur le terrain. C’est le sens de la réforme en profondeur que nous proposons », ajoute son président. Trois axes de réforme sont proposés à cet effet, dont une simplification de l’organisation territoriale des soins dans une gouvernance partagée, un allègement et un décloisonnement de l’exercice professionnel des médecins, visant à redonner du temps médical aux médecins, et une meilleure professionnalisation de la formation des médecins.
Toutes les mesures proposées sont de bon sens. Elles devront encore recevoir l’assentiment des syndicats professionnels de médecins, libéraux et hospitaliers, et s’articuler avec les axes de réforme arrêtés par la récente loi de modernisation de notre système de santé. 2017 pourrait ainsi devenir une nouvelle année pour la santé. Avec cependant un risque : celui d’épuiser des acteurs qui doivent déjà appliquer les différents textes des réformes passées.

Jean-Jacques Cristofari

(1) Cf. « Pour l’avenir de la santé, de la grande consultation aux propositions »
(2) Cf. « Construire l’avenir à partir des territoires »

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