Santé : l’horizon s’assombrit

Santé : l’horizon s’assombrit

La ministre de la Santé vient d’être reconduite…aux Affaires sociales. Sur sa feuille de route figure le même programme, la recherche d’économies sur la Sécu en plus.

Marisol Touraine espérait un plus grand ministère. Elle restera à la même place à l’avenue Duquesne, au sein d’un gouvernement resserré, avec le titre de ministre d’Etat en charge des Affaires sociales, épaulée par un secrétaire d’État, avec dans son portefeuille la santé, la famille, les personnes âgées, le handicap et les retraites. La diplômée de Normale Sup et de l’IEP Paris, agrégée d’économie, aura réussi son premier passage aux affaires publiques en faisant adopter une réforme des retraites, dont le dernier décret, entré en vigueur le 1er avril, permet d’assouplir les conditions du départ à 60 ans pour les personnes ayant débuté leur carrière avant 20 ans. Elle aura également mis sur ses rails la future loi pour l’adaptation de la société au vieillissement – qui devait être initialement présentée en conseil des ministres le 9 avril -, en lançant en novembre dernier une large concertation, à laquelle ont été associés les départements.
Sur le chapitre de la santé, Marisol Touraine s’en tient à sa Stratégie nationale de santé (SNS), présentée en décembre dernier au terme d’une longue préparation, conclue par la remise d’un rapport né des travaux et concertations de sept personnalités, rédigé par Alain Cordier, ancien Inspecteur des Finances et ancien membre du collège de la Haute Autorité de Santé. Sur la feuille de route tracée à partir des recommandations du Comité des sept Sages et qui devrait bientôt déboucher sur une loi dite de Santé, la ministre a inscrit trois priorités : la prévention, la révolution du premier recours et la démocratie sanitaire. Parent pauvre du système de santé français, la prévention s’appuiera à l’avenir plus fortement sur les médecins de proximité que sont les généralistes traitants. Le premier recours verra sa place renforcée par la mise en place d’une « offre de soins structurée et en proximité », a confié la ministre lors de sa rencontre avec les médecins généralistes en congrès le 3 avril dernier à Paris. Le chapitre sur la « démocratie sanitaire », quelque peu absent de la politique sanitaire passée, devrait revenir sur la scène avec une mise à jour de la loi de 2002 sur les droits des patients, fortement attendue dans les rangs des associations de malades.
Levée des barrières
Mais le principal chapitre auquel la ministre entend s’attaquer sera celui de l’accessibilité aux soins par « la levée des barrières financières, des obstacles financiers et des obstacles géographiques dans l’accès aux soins ». Ainsi la lutte contre les dépassements d’honoraires et la régulation des pratiques tarifaires seront, à ses yeux, « un combat à mener », « si l’on veut éviter une médecine à deux vitesses ». Le respect des tarifs de la Sécu et l’encouragement des médecins du secteur 2 à entrer dans le cadre d’un contrat d’accès aux soins (CAS), tel que défini par l’avenant 8 de la Convention médicale, devraient s’accompagner d’une généralisation du tiers payant (voir plus bas), dont l’échéance est fixée pour la fin 2017, soit celle du mandat présidentiel. Le tout ne s’accompagnera pas de la revalorisation attendue des honoraires des médecins, la ministre ayant rappelé que des forfaits, pour la prise en charge en particulier des personnes âgées, avaient déjà été accordés.
Marisol Touraine aura surtout la lourde charge d’imposer à la santé un – voire des – nouveau(x) plan(s) d’économies supplémentaires dans la recherche des 50 milliards d’économies demandées par Bruxelles pour satisfaire aux critères de Maastricht. A elle seule, la branche maladie de la Sécu devra trouver 10 milliards d’ici 2017, vient de faire savoir le nouveau Premier ministre. Le tout assorti d’un ONDAM rivé à  2 % au mieux, voire moins, face à une évolution « naturelle » des dépenses de santé de plus de 4 %. Ces efforts ne pourront être récompensés que si l’emploi, et avec lui le niveau des cotisations sociales, repartent à la hausse pour maintenir les indispensables investissements dans la santé. A défaut, les acteurs du secteur comme leurs bénéficiaires, les patients, pourraient n’y voir qu’une purge de plus dans un trou que rien ne semble pouvoir combler.

Jean-Jacques Cristofari

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