Renoncement aux soins : l’Assurance-maladie réagit

Renoncement aux soins : l’Assurance-maladie réagit

Près d’un quart des assurés français disent renoncer à des soins, en particulier dentaires, auditifs ou optiques, voire à des soins entrainant des dépassements d’honoraires. Ce constat doit être mis en parallèle avec celui établi sur la santé des Français, qui souligne que près de 40 % évoquent un problème de santé chronique et un quart, une limitation dans les activités du quotidien.

En 2014, en France métropolitaine, 70 % des personnes âgées de 15 ans ou plus déclarent que leur état de santé est « bon » ou « très bon », 23 % l’estiment « assez bon » et 7 % se disent en « mauvais » ou « très mauvais » état de santé. Ce constat est tiré de l’enquête European Health Interview Survey (ou enquête santé et protection sociale), qui a interrogé près de 10 000 ménages et plus de 26 500 personnes en France sur leur état de santé, leur accès à la complémentaire santé et aux soins et souligné leurs comportements. L’enquête souligne en particulier « un état de santé déclaré marqué par de fortes inégalités sociales ». Ainsi, 38 % des personnes âgées de 15 ans ou plus en 2014 déclarent un problème de santé chronique ou de caractère durable et 26 % des personnes évoquent une limitation dans les activités du quotidien. Les ménages d’agriculteurs déclarent un état de santé très dégradé, à mettre notamment en relation avec l’âge moyen élevé de cette population et les ouvriers non qualifiés déclarent le plus mauvais état de santé. A l’opposé, les personnes vivant dans des ménages de cadres déclarent nettement moins de problèmes de santé que toutes les autres catégories. L’enquête met également en évidence la fréquence des symptômes dépressifs selon les catégories socio-professionnelles. Les plus touchés sont les employés de commerce (13,6 %), suivis des employés administratifs (10,7 %) ou encore des ouvriers non qualifiés (7,8 %). À structure d’âge et sexe comparable, la proportion de personnes touchées par des symptômes dépressifs parmi les personnes vivant dans des ménages de cadres est 0,63 fois celle observée dans l’ensemble de la population.

Méconnaissance des circuits

Ce constat réalisé par l’Europe sur la santé des Français, qui aborde également les questions du tabagisme ou de l’obésité, est à mettre en parallèle avec une autre enquête, récente, menée par l’Assurance-maladie (18 caisses primaires) avec l’Observatoire des non-recours aux droits et aux services (Odenore) sur les renoncements aux soins.

Plus du quart des assurés interrogés par les agents des caisses concernées disent ainsi avoir renoncé à des soins. En la matière, les plus fréquents concernent les dents, l’audition ou la vue et les montants restant à la charge des patients après remboursements de la « Sécu » et, éventuellement d’une mutuelle peuvent être très élevés. Fort de cet état des lieux, la CNAMTS a annoncé vouloir généraliser d’ici à 2018 un dispositif visant à proposer un accompagnement « personnalisé » aux personnes n’ayant pas engagé des soins pourtant nécessaires. Le projet, réalisé à moyens constants, vise à aider les « non-recourants » à mieux profiter de leurs droits.

Car l’étude des caisses et de l’Observatoire met en évidence que si les obstacles financiers constituent la principale raison du renoncement (trois cas sur quatre), il existe également souvent une « méconnaissance des circuits administratifs et médicaux » face à des démarches parfois jugées « complexes ». Car le renoncement à des soins peut relever de différents facteurs : soit d’une problématique d’accès aux droits, d’une difficulté d’accès à ces derniers associée à un besoin d’être accompagné dans les démarches ou dans l’orientation dans le système de soins, ou encore d’un besoin de guidance dans l’accès aux droits et aux soins. Dans le Val-d’Oise, un premier bilan de cet accompagnement a permis de sélectionner 283 personnes. Sur 120 accompagnements qui ont abouti, 115 sont en cours. A l’échelon national, 30 % des 9 400 dossiers ouverts lors de la phase d’expérimentation dans les 22 premières CPAM ont abouti, 66,4 % des personnes ayant réalisé des soins déclarent « qu’elles n’auraient pas pu le faire sans l’appui du conseiller de la caisse », souligne la CNAM. A l’heure où les candidats à la présidentielle présentent leur programme, ces données sont de nature à recentrer les débats sur les questions de santé et d’accès aux soins que vivent au quotidien les Français.

Jean-Jacques Cristofari

Cet article a été publié dans Actualité, Notre actualité.