Prospective : les complémentaires santé, des « payeurs régulateurs » en 2030

Prospective : les complémentaires santé, des « payeurs régulateurs » en 2030

Notre système de santé est confronté à de nouveaux défis, dont celui du financement d’un système marqué par le vieillissement de la population et l’explosion des maladies chroniques. Une étude prospective consacrée à « la santé en 2030 » souligne quel sera le rôle des complémentaires dans 15 ans.

Dans 15 ans, la France comptera 7 % d’habitants de plus, les Français vivront trois années de plus, les 50 ans représenteront 29 % de la population et dans l’ensemble, les retraités vivront leur retraite avec une santé à peine meilleure qu’aujourd’hui.  Le tableau brossé par le cabinet de conseil Asterès, qui a, pour son étude sur « la santé en 2030 », auditionné 7 professionnels reconnus dans leur discipline, débouche sur un scénario détaillé sur l’évolution du système de santé à l’horizon 2030.
« Le déficit de l’assurance maladie court depuis plus de 20 ans et atteint aujourd’hui un niveau préoccupant et non soutenable pour les finances publiques »  (7,7 milliards d’euros en 2013, 6,5 milliards en 2014, 7,2 milliards en 2015, NDLR), note le rapport d’Asterès. « Cette situation appelle à une réflexion sur le champ de la solidarité et sur son mode de financement. Le principal moteur des réformes dans le domaine de la santé reste d’une certaine façon le déficit des comptes sociaux. ». Il faut donc repenser le financement de notre protection sociale et faire évoluer le mode de financement de la santé ? Pour cela, nous est-il expliqué, compte tenu d’un chômage qui demeure endémique, « les gouvernements successifs transféreront progressivement une fraction des cotisations sur salaires vers des impôts « généraux », comme la TVA, l’impôt sur le revenu et la CSG/CRDS sur les pensions de retraite. » Du côté de la santé, le financement solidaire se concentrera sur les soins essentiels et sur les populations les plus fragiles ou les plus démunis, tandis que le secteur privé, par le biais des complémentaires santé, devra supporter une fraction plus importante des coûts de santé jugés moins essentiels. L’hypothèse d’un recul des complémentaires dans le financement des soins est donc exclue et ces dernières devraient même jouer un rôle de payeurs / régulateurs, voire prescripteurs, suggère les auteurs du rapport précité.

Interpénétration des modèles de complémentaires
Ainsi, les complémentaires, de « payeurs aveugles », agissant en complément des remboursements d’une Assurance-maladie qui tend, année après année, à se désengager de la couverture des dépenses de santé, devraient devenir des « payeurs régulateurs » à forte valeur ajoutée. « L’Etat, maître d’ouvrage, définira les objectifs sociaux et de santé publique que devront remplir l’assurance maladie et les assureurs complémentaires, alors maîtres d’oeuvre », précise Asterès. Car l’interventionnisme actuel de l’Etat, aux yeux des rédacteurs du rapport, ne génère que « défiance, complexité et inefficience à l’intérieur du système de santé ». Le secteur des complémentaires est invité à revoir son « business modèle ». Ce dernier s’appuiera sur la naissance de groupements de plus en plus importants et solides financièrement avec « une interpénétration plus poussée des trois modèles de complémentaires », assureurs privés, mutuelles 1945 et institutions de prévoyance. « Cette interpénétration, nous est-il expliqué, contribuera notamment à uniformiser les discours de ces organismes et à renforcer ainsi leur puissance politique et leur capacité à réguler le système de santé ». Si l’assurance maladie sera toujours le principal financeur, elle restera logiquement le premier régulateur du système. « Elle ne détiendra cependant plus le monopole de la régulation. » L’Etat devra se cantonner à son rôle de « fixeur d’objectifs », mais ne devra pas intervenir dans la définition précise des contrats ou de la gestion comme l’illustrent les épisodes récents de la réforme des contrats responsables ou de celle du tiers-payant. Pour Marcel Garnier, directeur Médical à la direction Stratégie de Malakoff Médéric, la pérennité des organismes complémentaires passera par une diversification de leur activité, ce qui suppose une montée en compétence dans le domaine médicotechnique.
Au total, à l’horizon 2030, les trois types de complémentaires seront amenés à diversifier leurs sources de revenus, avec des programmes d’accompagnement des patients, des conseils, des services de télémédecine, la fourniture de dispositifs personnels, de la formation et des services de prédiction et de prévention médicale. Elles deviendront « la colonne vertébrale d’un véritable écosystème de santé », concluent les rapporteurs. Ces derniers ne précisent cependant pas si les complémentaires pourront largement contractualiser avec les professionnels de santé en vue de la constitution de réseaux de santé, même s’ils soulignent qu’il « semble très important de laisser une grande marge de négociation aux partenaires sociaux pour que la santé, sujet central s’il en est, continue de contribuer à faire vivre le dialogue social. ».

Jean-Jacques Cristofari

(1) « La Santé en 2030 », Asterès, juin 2015

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