Printemps électoral pour la Sécu

Printemps électoral pour la Sécu

Les comptes de la Sécu sont en voie de redressement durable. C’est ce que vient d’annoncer la ministre de la Santé et son homologue au budget. Chaque branche voit sa situation s’améliorer, sauf celle de la santé où des échéances tarifaires se présenteront à elle en mai.

Mme Marisol Touraine, ministre de la santé, et Christian Eckert, son collègue au Budget ont annoncé à la veille du printemps une « amélioration significative » de la situation financière de la Sécurité sociale : les comptes définitifs pour 2016 sont nettement meilleurs que les soldes qui avaient été prévus fin 2015. La loi de financement pour 2016, votée en 2015, avait prévu un déficit de 9,7 milliards d’euros. Ce dernier s’élève finalement à – 7,1 milliards, soit un « bonus » de 2,6 milliards d’euros. Nous sommes désormais très loin de l’époque où le solde du régime général et du fonds de solidarité vieillesse (FSV) culminait à 20,9 milliards d’euros. C’était hier, en 2011, et le président sortant, comme sa ministre de la Santé, peuvent se féliciter de ce prompt rétablissement des comptes, alors même que le chômage ne connait pas vraiment de décrue.

Pour la première fois depuis 15 ans, nous expliquent les ministres précités, le déficit du régime général passe sous la barre des 5 milliards d’euros (-4,1 milliards d’euros). Chaque branche voit ainsi sa situation s’améliorer : la branche retraite est excédentaire, pour la première fois depuis 2004 ; le déficit de la branche maladie diminue pour la troisième année consécutive ; celui de la branche famille a été réduit d’un tiers par rapport à 2015 ; enfin, la branche accidents du travail enregistre un excédent pour la quatrième année consécutive. « En ce qui concerne les dépenses de santé, l’objectif national des dépenses d’assurance maladie est une nouvelle fois respecté, grâce aux efforts de l’ensemble des acteurs : il s’agit du plus faible taux d’évolution des dépenses de santé depuis 1997″, commente Marisol Touraine, qui se félicite également du recul des restes à charge des patients (9,3 % en 2011, 8,4 % en 2015, soit moins d’un point).

Echéances tarifaires à venir

Cette « bonne nouvelle » vient à point nommé. Alors même que s’ouvre la campagne officielle pour la présidentielle, le gouvernement sortant peut se targuer de laisser des comptes publics en meilleur état qu’en début de mandature. Reste que la santé demeure le poids lourd de ces comptes, avec un déficit de4,8 milliards en 2016, malgré des plans annuels d’économies drastiques mis en oeuvre par l’Assurance-maladie, qui compte poursuivre les efforts de rigueur cette année encore. Faute de réelle reprise de l’emploi, et donc de rentrées de cotisations sociales, la branche ne devrait pas revenir à l’équilibre avant longtemps. Car la population vieillit et les malades chroniques, prises en charge à 100 % ou pas, continuent de voir leurs rangs grossir année après année. François Fillon, s’il est élu, promet un plan d’économies de 20 milliards sur 5 ans dans le secteur de la santé tout en assurant une meilleure prise en charge de soins dentaires ou d’optique. D’autres proposent d’accroître les budgets de la prévention, dont on sait qu’elle n’a d’effet que sur le long terme. D’autres encore suggèrent de changer de mode de financement, en supprimant certaines cotisations et en basculant sur la CSG. Pour l’heure, la branche maladie a d’autres priorités, plus immédiates : elle devra débourser cette année 400 millions d’euros supplémentaires pour les médecins généralistes, suite à la revalorisation, accordée en 2016, de 23 à 25 euros du tarif de la consultation au 1er mai, et 735 autres millions d’euros pour les augmentations de salaires des fonctionnaires hospitaliers. Sans compter les pharmaciens qui frappent à la porte et réclament des honoraires pour faire face à la baisse de leurs marges. Pendant ce temps, Outre-Rhin, l’Assurance-maladie obligatoire (publique) affiche un excédent de près de 2 milliards pour l’année écoulée et les caisses maladie disposent de quelque 16 milliards d’euros de réserves financières. De quoi faire rêver plus d’un candidat aux élections.

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