Pharmacies : Bercy veut briser le monopole officinal

Dans son dernier rapport sur les professions réglementées, l’Inspection générale des finances (IGF) préconise de mettre un terme au monopole des pharmaciens sur la vente de médicaments dit de prescription médicale facultative (PMF). Un projet qui n’est pas du goût des représentants de la profession qui réagissent.

Ce fut le feuilleton de l’été dans le secteur de la santé, qui se prolongea à l’automne. Déjà mises à mal par une baisse généralisée des ventes de médicaments prescrits, les officines sont dans le collimateur des pouvoirs publics, qui voudraient ouvrir à la concurrence ce secteur réglementé et encadré. Commandé en son temps à l’IGF par l’ancien ministre de l’Economie et des Finances, Pierre Moscovici, repris par son récent successeur à l’Economie, Emmanuel Macron dans le cadre du projet de loi « croissance et pouvoir d’achat », le rapport passe en revue 37 professions dites réglementées, qui, en 2010 pèsent quelque 235 milliards d’euros, et dont les bénéfices s’élèvent alors à 42 milliards d’euros.
L’objectif des experts du ministère des Finances est de rendre aux Français un peu de pouvoir d’achat là où c’est possible, en particulier dans le domaine du médicament en vente libre à l’officine et sans prescription, en ouvrant ce segment du marché à la grande distribution. Le raisonnement séduit l’enseigne Leclerc, dont le patron Michel Edouard, fait savoir fin juillet sur son blog que « les sommes en jeu ne sont pas anodines : plusieurs centaines de millions d’euros pour le patient-consommateur, jusqu’à 1,5 milliard d’euros pour l’Assurance maladie ». « Je confirme la volonté des Centres E.Leclerc de commercialiser les médicaments sans ordonnance dans leur parapharmacie et sous contrôle de leurs docteurs en pharmacie. Ils pourront y être vendus 20 à 25 % moins cher », ajoute ce dernier qui n’entend pas céder un pouce de terrain.
Les officinaux vent debout
La recommandation des inspecteurs de Bercy n’a rien de nouveau. Elle a déjà été émise par l’Autorité de la Concurrence, la Commission européenne, l’OCDE, ou encore des associations de consommateurs. Mais elle est loin de faire l’affaire des représentants des pharmaciens, qui face à la baisse des marges enregistrée depuis 3 ans, n’entendent pas céder sur un monopole officinal qu’ils défendent bec et ongle. « On accuse les pharmaciens de retenir du pouvoir d’achat aux français : nous prouvons que cela est faux », réplique Isabelle Adenot, présidente de l’Ordre des pharmaciens, dans un document fourni qui répond point par point à l’analyse de Bercy. « Les progrès réalisés dans les achats groupés ont permis au contraire de baisser les prix. » Du côté des syndicats d’officinaux, dès juillet dernier, l’USPO, présidée par Gilles Bonnefond, a invité les pharmaciens à se mobiliser pour la rentrée de septembre et a sorti son affiche verte invitant les Français à signer une pétition. « Nous ne pouvons pas accepter que le ministère de l’Économie détourne le rôle du ministère de la Santé, ajoute son président. Cette cacophonie gouvernementale qui est entretenue et poussée par des intérêts économiques de la grande distribution, nous oblige à rentrer dans un rapport de force.» Fin septembre l’ensemble des représentants du monde officinal devait ainsi se retrouver pour un mouvement d’envergure nationale, allant jusqu’à la fermeture des officines en passant par la grève des gardes de nuit et de week-end.
Dans les rangs de l’Union Nationale des Professionnels de Santé (UNPS), le ton sera tout aussi offensif. L’Union nationale des professions libérales (UNAPL) ira plus loin en appelant à une « journée sans profession libérale », le 30 septembre.
Du côté du ministère de la Santé où l’on prépare activement la future loi de Santé qui sera soumise au gouvernement en octobre, puis au Parlement au printemps 2015, le ton est différent. Pas question, avenue Duquesne, d’attiser de nouvelles braises dans les rangs de professionnels de santé, déjà fort remontés contre les projets gouvernementaux et qui s’inquiètent également du futur projet de loi de financement de la Sécu pour 2015.

Jean-Jacques Cristofari

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