Organisation des soins : mieux coordonner autour du médecin traitant

Organisation des soins : mieux coordonner autour du médecin traitant

Alors que les représentants des acteurs de la santé en France débattent sur les contours de la future loi de Santé, un rapport de l’Inspection Générale des Affaires Sanitaires et sociales invite ces mêmes acteurs à mieux s’organiser dans le champ de la santé. Le maître mot est en la matière de coordonner les interventions pour le malade à partir du médecin traitant. Les nouvelles organisations qui en découleront ne devraient pas laisser insensibles les assureurs complémentaires

Cabinets médicaux, maisons de santé, services et établissements de soins, les acteurs de la prise en charge des patients chroniques ou âgés sont nombreux en France, mais ils ne travaillent pas nécessairement de manière coordonnée entre eux. Les coordinations se heurtent souvent aux cloisonnements entre les soins à l’hôpital et les soins à la ville ou encore entre les différentes administrations (nationales, locales, sociales), souligne dans ce registre le récent rapport que vient de publier l’IGAS sur « l’évaluation de la coordination d’appui aux soins » (1). De plus, l’ensemble des dispositifs déployés, qui cumule un grand nombre de subventions, s’avère coûteux pour l’Etat et n’a pas fait l’objet d’évaluations médico-économiques précises.
Dans ses recommandations, l’inspection propose ainsi de « confier au médecin de premier recours et à lui seul, la décision de déclenchement de la coordination, au cas par cas ». Une recommandation qui s’inscrit tout à fait dans les demandes des représentants de la médecine générale d’inscrire dans la future loi de Santé un « virage ambulatoire » qui donne aux acteurs des soins primaires, les médecins généralistes, un plus grand rôle dans le pilotage des soins de première intention, afin d’éviter notamment le nomadisme médical et de mieux utiliser les moyens disponibles dans un système de santé en déficit chronique depuis des années (6 milliards d’euros pour la branche maladie en 2014).
Vers un tarification à la prestation
« Ceci permet au médecin, qui joue un rôle pivot dans la prise en charge des patients d’assurer la cohérence de la coordination », note encore l’IGAS, en invitant à ne pas multiplier les acteurs à défaut de nuire au dispositif. Pour financer cette meilleure organisation des soins, l’inspection suggère un modèle de financement axé sur la prestation de coordination, avec une tarification qui permettra de distinguer quelques niveaux de complexité de la prise en charge. Le coût total de cette réorganisation de la santé est chiffré pour la coordination territoriale d’appui de 350 à 400 millions d’euros. « Ceci est un coût brut, souligne l’IGAS, car la rémunération à la prestation devrait se substituer progressivement aux subventions attribuées aux structures offrant d’ores et déjà une prestation de coordination. »
Le système proposé pourrait être mis en œuvre progressivement, en le proposant d’abord aux médecins exerçant dans un cadre collectif avant de l’étendre aux médecins du premier recours exerçant individuellement. Dans sa montée en charge, cette extension se fera sur la base du volontariat des médecins dans une région et lorsqu’un nombre suffisant de médecins aura manifesté un intérêt pour la formule, l’Agence régionale de santé (ARS) sera alors dans l’obligation d’organiser la coordination entre les acteurs. Pas moins de 13 recommandations sont émises par l’IGAS dans ce réengéniering de la prise en charge des patients chroniques ou vieillissant sur nos territoires. Si l’objectif est d’assurer un meilleur service aux patients dans leur prise en charge par des équipes pluri-professionnelles pilotées par les médecins traitant qui assureront une meilleure orientation des malades dans le système de santé, il n’est pas sans impact sur l’utilisation des ressources disponibles dans la santé. La lutte contre les redondances d’examens et les gaspillages pourrait ainsi reprendre un nouveau souffle, même si, comme le note le rapport de l’IGAS, « réaliser des économies à travers des dispositifs de coordination n’est pas établi. » L’affaire ne devrait pas laisser insensibles les sociétés et mutuelles du régime complémentaires, souvent engagées dans des dispositifs variés de prise en charge sanitaire ou sociale de leurs assurés. Les gestionnaires du risque que veulent devenir les complémentaires au même titre que l’assurance-maladie, qui souhaitent par ailleurs nouer des conventions avec les professionnels de santé, devraient rapidement se saisir de ces nouveaux schémas de prise en charge des patients.

Jean-Jacques Cristofari

(1) http://www.igas.gouv.fr/spip.php?article437

Cet article a été publié dans Actualité, Notre actualité.