L’Ordre prend le pouls des médecins

L’Ordre prend le pouls des médecins

A la veille de la trêve des confiseurs, le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) fait savoir aux Pouvoirs publics que l’inquiétude grandit dans les rangs des médecins français. Par sa « grande consultation », l’instance ordinale entend peser dans les futurs débats sur le système de santé.

Quelque 35 000 praticiens, de toutes les formes d’exercice et de tous les âges (1) ont répondu au sondage en ligne lancé par le CNOM entre les 12 octobre et 22 novembre dernier. Cette consultation, assez inédite dans la forme, visait, selon les termes de son président, le Dr Patrick Bouet, « à redonner la parole à tous les médecins, à renouer le dialogue avec tous les acteurs de la santé et construire ensemble le système de santé de demain ». En préambule, le CNOM aura organisé 16 rencontres de proximité dans les grandes régions du pays et réalisé une douzaine de rendez-vous institutionnels avec les structures en charge de la gestion de la santé en France (Assurance-maladie, mutuelles, représentants d’usagers etc.). Si les médecins de l’Hexagone se disent à 89 % fiers d’appartenir à la profession de médecin et très majoritairement (88 %) heureux d’exercer leur métier, ils estiment cependant à 97 % subir trop de contraintes réglementaires, économiques et administratives, qui empiètent sur leur temps médical. Le malaise est donc perceptible dans une profession dont 91 % de ses membres estiment que leur mission de service public est mal reconnue. Les médecins français expriment également de l’inquiétude quant à leur avenir : ils sont 82 % à considérer que leur système de santé se détériore et 86 % à faire part de leur pessimisme pour l’avenir.

Contre une concurrence assurantielle

S’ils sont 95 % à appeler une réforme partagée du système de santé, ils savent également qu’ils pourront compter sur l’appui des patients qui, selon un sondage mené en parallèle auprès de ces derniers, disent à 87 % faire confiance à leurs médecins pour faire évoluer le système de santé dans l’intérêt des malades. Au nombre des réformes souhaitées, les médecins plébiscitent à 98 % une réduction des tâches administratives. « Le médecin veut soigner, souligne à cet égard le président du CNOM. C’est pour soigner qu’il a fait médecine. Or, aujourd’hui, son temps médical est embolisé par des tâches administratives, ce qui est source de frustration. C’est vrai pour tous les médecins, pas seulement pour les libéraux ! C’est un point capital à prendre en compte. » Au regard de leurs attentes pour demain, les médecins continuent de soutenir un système « piloté par l’Etat et l’Assurance-maladie » plutôt qu’ouvert aux acteurs privés » (61 % contre 20 %) et 62 % se disent défavorables à l’ouverture de la protection sociale à la concurrence assurantielle. Pour l’organisation des soins, ils privilégient la proximité des soins (59 %) plutôt que la technicité des équipements (27 %). Ils se disent ouverts aux passerelles (79 %), plutôt qu’à une spécialisation figée (11 %) et misent sur l’exercice en structures regroupées (73 %) plutôt que l’exercice individuel (15 %). Deux médecins sur trois se disent contre une contrainte à l’installation en fonction des besoins territoriaux et un sur deux (48 %) s’oppose à l’idée d’un conventionnement sélectif (contre 25 % pour). Enfin, s’ils sont globalement insatisfaits de leur niveau de rémunération, les deux tiers se disent défavorables à l’instauration d’une part de rémunération sur objectifs. Seule une courte majorité serait favorable à une re-certification périodique assortie d’une promotion.
Forts de ces constats, l’Ordre des médecins entend tirer quelques enseignements utiles en vue de la rédaction d’un livre blanc comportant un ensemble de recommandations qui seront présentées le 26 janvier prochain. L’institution ordinale entend ainsi peser dans les débats de la future Grande Conférence de Santé que le gouvernement organisera au mois de février 2016, mais que les syndicats de médecins libéraux, furieux de l’adoption par l’Assemblée nationale de la loi de modernisation de la santé, ont décidé de boycotter. « Les médecins souhaitent être associés à une vraie évolution du système de santé », ajoute Patrick Bouet, pour qui « la profession n’est pas rétive au changement ». Au delà de la future grande conférence gouvernementale, l’Ordre des médecins prend surtout date en vue de 2017. « Une année de promesses qui sera aussi une année de présence éclairée de l’institution dans la surveillance et le contrôle des promesses qui seront émises », ajoute le président. Un message on ne peut plus clair.

Jean-Jacques Cristofari

(1) 25640 médecins en activité ont répondu ainsi que 1 824 retraités actifs et 2593 retraités non exerçants

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