Optique : pour une meilleure visibilité de la prise en charge

Optique : pour une meilleure visibilité de la prise en charge

Deux Français sur trois ont des problèmes de vue. Une proportion qui tend à augmenter avec le vieillissement de la population. L’optique, qui représente à ce jour un marché de plus de 5 milliards d’euros, demeure très mal pris en charge par le régime obligatoire. Les complémentaires y interviennent massivement. Mais ce marché reste opaque et peu concurrentiel.

C’est du moins le bilan que la Cour des Comptes (1) a dressé en 2013 de ce secteur où elle a constaté que « les prix élevés pèsent d’autant plus sur les assurances maladies complémentaires et les assurés sociaux que la participation de l’assurance maladie obligatoire, traditionnellement faible, ne cesse de s’éroder. » Dans ce contexte, les sages de la rue Cambon en appellent à de nouveaux modes de régulation pour remédier à cette situation. « Entre 2000 et 2011, on observe une augmentation de ces dépenses de 36 % – de 3,9 à 5,9 milliards d’euros -. C’est considérable », indiquait à cet égard Jean-Martin Cohen Solal, délégué général de la Mutualité française, lors de la publication du rapport de la Cour des Comptes.
Selon une étude réalisée par Alcimed (2) pour le compte de la Sécurité sociale, le tarif moyen des montures en France s’élève à 134 €. Il est de 143 € pour une paire de verres unifocaux et de 433 € pour des progressifs. Selon 66 Millions d’Impatients, en moyenne, les Français déboursent au final 123 € de leur poche pour un équipement optique unifocal et 274 € pour une paire de lunettes à verres progressifs. Les offres proposées par les magasins d’optique sont nombreuses et vont du sur-mesure aux packs optiques, également proposés par les distributeurs discounts et les sites de vente de lunettes en ligne.
Selon un autre étude réalisée par le ministère de la Santé (3) publiée en août 2014 et relative aux contrats de complémentaires santé les plus fréquemment souscrits, la prise en charge moyenne varie en 2010 (hors remboursement, dérisoire, de la Sécurité sociale) de 111 € à 183 € pour un équipement optique unifocal. Pour une paire de lunettes progressives, le remboursement allait de 189 € à 386 €. Les contrats collectifs souscrits via l’employeur offrent sur ce dernier type de produit optique une couverture plus généreuse avec un remboursement moyen de 356 € à 386 € (contre 189 € à 224 € pour une garantie contractée à titre individuel).

Forte asymétrie d’information
Le marché de l’optique connaît depuis des années une situation de prix élevés et très variables d’un opticien à l’autre, ainsi que des pratiques assez opaques au regard de laquelle, note la Cour des Comptes, « le patient/consommateur n’est très généralement pas en mesure de choisir son équipement en toute connaissance de cause. » L’Autorité de la Concurrence estime à cet égard que l’optique se distingue « par la forte asymétrie d’information en défaveur des consommateurs ». « Une pratique très fréquente des distributeurs, dite de « l’ajustement », consiste à conduire le client à faire converger son panier d’achat vers le remboursement maximum prévu par son contrat d’assurance maladie complémentaire (voire à surfacturer les verres, fréquemment mieux remboursés que les montures) », ajoute le rapport précité. « Ce comportement conduit, comme l’Autorité de la concurrence l’a relevé, à «une relative indifférence de l’assuré aux prix pratiqués». In fine, il contribue à « une augmentation du niveau des primes d’assurance complémentaire » ainsi qu’au niveau élevé des prix de l’optique. » Deux points sur lesquels il est possible d’engager des corrections.
Dans un proche passé la Cour de Cassation a ainsi eu l’occasion de juger des pratiques abusives, voire des fraudes, dont les organismes d’assurance maladie ont été victimes. Ces pratiques, maintes fois dénoncées par les associations de consommateurs (4) ou de patients, ont entraîné des mesures correctrices et appellent à une plus grande vigilance de la part des assureurs complémentaires. « La couverture des frais d’optique apparaît très hétérogène, que ce soit entre l’optique simple et l’optique complexe, entre les trois catégories d’institutions d’assurance maladie complémentaire (mutuelles, sociétés d’assurance, institutions de prévoyance), mais aussi à l’intérieur de chacune de ces catégories et selon les contrats », note encore la Cour des Comptes. Autant de raisons qui doivent militer pour une meilleure régulation du secteur, mais également pour la mise en place d’outils adaptés à la mise en place et au suivi des prises en charge, à l’instar de ce que propose la société Viamedis Santé avec Perform Optique Pro.

J-J Cristofari

(1) « La prise en charge par les organismes de protection sociale de l’optique correctrice et des audioprothèses », Cour des Comptes, septembre 2013
(2) Analyse économique du secteur des appareillages optiques et auditifs, mars 2011.
(3) « Les contrats les plus souscrits auprès des organismes complémentaires santé en 2010″, DREES, série statistique N°191, août 2014.
(4) « Les garanties optique haut de gamme, qui concernent 40 % des assurés, ont enclenché un cercle vicieux entre remboursements et prix pratiqués par les opticiens, qui ont fait de la France la championne d’Europe de la cherté », écrit UFC-Que Choisir en 2014

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