Officines : l’honoraire contesté, la contestation grimpe

Le principal syndicat des officinaux, la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) a signé avec l’assurance-maladie l’avenant à la convention qui ouvre la voie à une rémunération par honoraire à la boite. Une signature qui n’est pas du goût des autres représentants du monde officinal.

Le 7 mai dernier, la FSPF demande que « la prochaine étape du processus conventionnel soit rapidement franchie » avec la mise en place d’un honoraire par ordonnance qui « rétribuera justement, indépendamment des volumes de médicaments dispensés, la valeur ajoutée des pharmaciens ». Principal argument avancé par la fédération, l’urgence qu’il y a de « détacher la rémunération des pharmaciens du prix industriel du médicament ». 15 jours plus tard, Gilles Gaertner, son président signe, avec la seule assurance-maladie, l’avenant relatif à l’honoraire, et avec l’USPO et l’UNPF les autres textes qui portent sur les génériques et à l’accompagnement des patients asthmatiques. « Tenant compte de la perte de marge consécutive aux baisses récurrentes de prix des médicaments, la réforme permet une stabilité des ressources du réseau officinal pour les deux années à venir », plaide la FSPF le 21 mai. « Forte du soutien de la majorité de la profession », la Fédération « se félicite de la mise en place de l’honoraire de dispensation » et revendique immédiatement « le passage à une deuxième étape conventionnelle par la création d’un honoraire par ordonnance ». Un autre texte prévoit, sur le modèle du suivi des patients prenant des anticoagulants oraux AVK, mis en place fin 2013, un forfait de 40 euros pour l’accompagnement des patients asthmatiques. Enfin, l’avenant sur les génériques engagera les pharmaciens à atteindre un taux de substitution de 85%.
90 % des pharmaciens sont contre
Mais la signature de cet accord sur les honoraires ne fait pas pour autant l’affaire des deux autres syndicats d’officinaux, qui, dès le 21 mai, ont fait part de leur désaccord sur le fond. Le texte signé prévoit un honoraire de 80 centimes d’euro par boîte délivrée, à partir du 1er janvier 2015, qui passera  à 1 euro à compter du 1er janvier 2016, contre 53 centimes aujourd’hui. « Nous allons perdre de l’argent sur toutes les marges dégressives lissées qui vont baisser », analyse le président de l’USPO, Gilles Bonnefond. La 1ère tranche passera ainsi de 26,10 va passer à 25,5 %, la 2ème de 10 % tombera à 8,5 % et la 3ème tranche restera à 6 %, mais sera plafonnée : « Pour un médicament dont le prix est au dessus de 1500 euros on ne touche rien », ajoute ce dernier. De plus, l’USPO estime qu’il s’agit d’une bascule qui a un énorme inconvénient : « Elle va augmenter de 20 centimes le Paracétamol – notre marge était que de 70 ct par boite, elle va passer à 1 euro – et tous les médicaments pour patients chroniques vont voir leur marge baisser. » Pour le syndicat, il ne pouvait être question de signer cet avenant, d’autant plus qu’une récente enquête menée dans ses rangs a fait ressortir que plus de 90 % de la profession rejette cette réforme et la mise en place d’un euro d’honoraires par boîte. « Les honoraires à la boîte ne sont pas une solution adaptée pour l’évolution de la profession et de son exercice, explique le président. Au lieu de déconnecter la rémunération du prix et des volumes, ces honoraires rattachent encore plus la rémunération officinale au nombre de boîtes vendues. » L’Union nationale des Pharmaciens de France (UNPF) propose de son côté « un nouveau modèle de rémunération basé sur un honoraire lié à la prescription », qui « serait versé aux pharmaciens en échange d’informations relatives à la bonne observance et la tolérance des traitements ».
Mobilisation
La « révolution » annoncée s’achève aux yeux des opposants sur un « marché de dupes ». Désormais, l’heure est à la mobilisation et les syndicats de pharmaciens opposés à cet avenant (UNPF et USPO) ainsi que deux collectifs de groupements de pharmaciens (CNGPO et UDGPO) ont décidé de se lancer dans l’action. Une pétition a été envoyée à l’ensemble des officinaux pour qu’ils puissent se prononcer clairement sur le plan d’économies gouvernemental et sur l’honoraire de 1 euro à la boîte. La pétition dénonce en premier lieu un plan qui porte sur 3,5 milliards de baisses de prix sur les médicaments (princeps et génériques). « Ces mesures auront un impact important sur les 22.500 pharmacies qui représentent 124.000 emplois, notent les signataires de la pétition. Les fermetures et licenciements vont s’accélérer dans la profession. » Et d’ajouter : « La FSPF a engagé la profession sur une solution qui n’est en aucune façon adaptée à la problématique économique actuelle et aux enjeux de demain. » Les pétitionnaires demandent également que « l’honoraire à la boite, s’il devait être appliqué, soit inclus dans le prix public TTC pour tous les médicaments », ce afin de ne pas pénaliser davantage les patients qui achèteront des produits en accès libre non remboursés. Fin mai, la fièvre grimpe dans les rangs des pharmaciens qui se préparent déjà à d’autres actions.

Jean-Jacques Cristofari

Cet article a été publié dans Actualité, Notre actualité.