Officines : le réseau se maintient, mais la démographie est à la baisse
Comme chaque année, l’Ordre national des pharmaciens dresse l’état des lieux de la profession et analyse les grandes tendances démographiques dans le secteur des officines. Le vieillissement et la féminisation se poursuivent dans leurs rangs. La désaffection du métier gagne aussi du terrain dans les rangs des jeunes diplômés.
« Le maillage territorial des pharmaciens en contact avec le public est toujours harmonieux : il n’y a pas de désert pharmaceutique ni en zone rurale, ni en zone sensible », note l’Ordre des pharmaciens dans son dernier rapport sur la démographie de la profession (1). Si cette dernière ne connaît pas (encore) les « zones d’ombre » que subissent les campagnes et certaines périphéries des villes désertées par les jeunes praticiens, elle partage cependant une tendance forte, celle de l’arrêt de la croissance des effectifs, liée pour l’essentiel à des départs massifs d’officinaux à la retraite. « En 2010, bien que la baisse d’effectif de 0,1 % soit guère significative (73 pharmaciens de moins qu’en 2009 avec 73 259 pharmaciens inscrits en 2010) un symbole est atteint, précise le CNOP : la croissance globale des effectifs de pharmaciens marque un point d’arrêt pour la première fois. » Un repli qui est plus marqué dans les rangs des pharmaciens libéraux titulaires d’officine. La légère augmentation du numérus clausus (de 2250 en 2003, il est passé à 2400 en 2004, soit 150 places supplémentaires dont les diplômes devaient être effectifs en 2010) ne parvient ainsi pas à compenser les sorties du tableau de l’Ordre.
Autre phénomène partagé entre médecins et pharmaciens, les jeunes diplômés embrassent moins la profession et certains « s’évaporent » - ils sont 20 % - à l’issue de l’obtention de leur diplôme qui choisissent d’autres professions connexes. Cette évaporation est à comparer à celle des jeunes médecins dont seulement 7 % optent pour le secteur libéral à l’issue de leurs études ou rejoignent les rangs des 10 000 praticiens « nomades » qui ne font que des remplacements. Un non engagement des jeunes officinaux auquel l’Ordre trouve une explication claire, partagée par les syndicats de pharmaciens : « l’attractivité de la profession est remise en cause ». La dégradation des conditions économiques de l’officine (baisse des volumes vendus, baisse des marges, non revalorisation de l’activité malgré les nouvelles missions dévolues par la loi HPST) participe manifestement de cette baisse d’attractivité.
« La question de l’attractivité de la profession est préoccupante. Face au défi démographique qui attend la profession, il faut plus que jamais raisonner avec d’autres paradigmes pour accueillir les jeunes. La profession a besoin de sa jeunesse. », note Isabelle Adenot, présidente du CNOP (Conseil National de l’Ordre des Pharmaciens).
Pour l’heure, mais pour combien de temps encore, la dynamique territoriale des officines et laboratoires de biologie demeure forte : « Les concentrations touchant la biologie privée n’affectent pas encore le nombre de sites. Et les suppressions d’officines (116 en 2010 contre 98 en 2009) ont lieu plutôt en zones urbaines, où leur densité demeure forte », précise l’Ordre. Quant aux transferts, ils s’opèrent pour l’essentiel – à 98 % - à l’intérieur d’une même commune d’implantation, « traduisant ainsi la recherche de meilleures conditions de travail. » Ces transferts concernent en majorité les communes rurales (moins de 5000 habitants) des régions de la façade Ouest et du Nord-est. Enfin, dernier point important : la féminisation de la profession se poursuit, atteignant deux tiers des effectifs au global (66,67 %). Les femmes sont très majoritaires chez les adjoints d’officine (82%) et les pharmaciens hospitaliers (76%),
Jean-Jacques Cristofari
(1) « Les pharmaciens, panorama au 1er janvier 2011, évènements démographiques », Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (CNOP)