Officine et génériques : changer de stratégie

Officine et génériques : changer de stratégie

Alors que les pharmaciens viennent de se voir confier les vaccinations, la baisse de leurs ventes de médicaments poursuit sa lente, mais inexorable marche. Objet de toutes les attentions le secteur officinal se voit également fragilisé dans le secteur du générique. La Cour des Comptes vient de proposer ses solutions.

Le monde officinal va mal et a toutes les raisons de se plaindre. Mis en cause dans son monopole même par un récent rapport de Bercy relatif aux professions réglementées, les pharmaciens d’officine ne savent plus à quel saint se vouer pour sortir des ornières d’une crise qui les affecte désormais durement et durablement. Car le bilan s’assombrit mois après mois. Fin août, selon les dernières statistiques publiées par le GERS et confirmées par IMS, le chiffre d’affaires des officines plongeait une fois encore, en cumul sur un an, de – 2,3 % (à 20 milliards d’euros en PFHT). La baisse était également marquée en termes de volumes de produits vendus (- 2 %). Si les médicaments de prescription obligatoire n’étaient pas à la fête (- 2 % sur un an, à 16,8 milliards), les ventes de produits dits de prescription médicale facultative, objet de toutes les convoitises de la part de la grande distribution, ne se portent pas mieux (- 3,8 %, à 3,26 milliards d’euros). Autant dire que mettre en concurrence le réseau et les grandes surfaces sur ce dernier segment ne manquera pas d’affaiblir encore un peu plus les officines qui se portent déjà mal (2 officines ferment en moyenne définitivement leur rideau par jour).
Et comme un malheur n’arrive jamais seul, voici que le secteur des génériques, sur lequel les pharmaciens misent pour tenter de sauver ce qui peut l’être, se met également à plonger. Toujours entre janvier et fin août, le marché du générique remboursé a baissé de – 4,1 % sur un an, à 3,332 milliards d’euros. Cette chute va de pair avec celle du taux de pénétration dans le répertoire, qui redescend à 74,9 %, après avoir atteint 77,3 % en février dernier (et 87 % l’an dernier). Ces baisses inquiètent les représentants des laboratoires fabricants de génériques qui, en septembre dernier tirent la sonnette d’alarme :  » Il s’agit de la plus importante baisse du marché en volume depuis la mise en place de la mesure « tiers-payant contre générique » »,  indique ainsi le GEMME qui rappelle que « si le médicament générique était utilisé dans les mêmes proportions qu’en l’Allemagne et au Royaume-Uni, 2,4 milliards d’euros supplémentaires seraient économisés chaque année sur les dépenses de médicaments ».
Manque d’ambition
« Malgré les constats de nombreuses autorités indépendantes [IGAS, ANSM, Académie de pharmacie], aucune mesure n’est prise pour développer le marché du générique et mieux informer l’ensemble des acteurs concernés, professionnels de santé et patients, sur le médicament générique », note encore l’organisation faîtière des génériqueurs installés en France.  Une vision que partage la Cour des Comptes qui, dans son dernier rapport sur la Sécurité sociale (1), souligne le « manque d’ambition » et les « résultats trop modestes » obtenus par la politique de diffusion des médicaments génériques des pouvoirs publics. Pour la Cour des Comptes, la définition du répertoire des génériques est trop restrictive et la substitution opérée par les pharmaciens ne constitue qu’une « stratégie de second rang en retrait des ambitions initiales », le tout n’offrant qu’une « contribution limitée à la maîtrise des dépenses de médicaments ».
Car en 2013, le marché des génériques remboursables représente 30 % du marché en volume et 15,5 % en valeur en prix fabricant. C’est loin des taux connus par ailleurs en Europe, notamment en Allemagne où les parts du génériques sont respectivement de 76 % en volume et de 35 % en valeur. « Plus d’une boîte sur deux prescrites par les médecins n’est pas substituable, déplore la Cour. Cela signifie que même avec un taux de substitution à 100 %, le répertoire ne dépasserait pas 40 % de part de marché. » Sans compter que la politique des prix appliquée aux génériques dénote certaines faiblesses que ne manque pas de souligner la Cour, qui estime également que les médecins ne jouent pas le jeu. En un mot, « le modèle mis en place en France a conduit à s’appuyer exclusivement sur les pharmaciens, en les mobilisant par des incitations financières qui ont aujourd’hui un coût exorbitant et conditionnent désormais la pérennité d’une partie du réseau officinal. »
Au total, la Cour des Comptes invite les pouvoirs publics à « changer de stratégie », en impliquant davantage les médecins (invités à prescrire en dénomination commune internationale (DCI) le 1er janvier 2015), en supprimant le répertoire pour « traiter dans un cadre global l’ensemble des médicaments non protégés par un brevet », en réduisant la dépendance financière des officines aux génériques (par un redéploiement à même de financer de nouvelles formes de rémunération des pharmaciens) et enfin par la rénovation de la politique de fixation des prix des génériques. « Le principal levier [de cette nouvelle stratégie] en est la progression de la prescription de médicaments substituables par les médecins. ». Encore faut-il savoir s’ils sont prêts à jouer le jeu ?

Jean-Jacques Cristofari

(1) Chapitre V, « La diffusion des médicaments génériques : des résultats trop modestes, des coûts élevés », rapport de la Cour des Comptes sur la sécurité sociale, 17 sept. 2014
(https://www.ccomptes.fr/Publications/Publications/La-securite-sociale2)

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