La mutualité s’invente un nouveau « modèle économique »

La mutualité s’invente un nouveau « modèle économique »

La Mutualité Française entend ne pas rester absente des débats en cours sur l’avenir du système de santé français et l’organisation des soins primaires. Elle vient de le faire savoir en présentant ses propositions pour un « nouveau modèle économique » des centres de santé.

La FNMF dans son document de travail (1) rappelle que dans le champ des soins de premiers recours cohabitent plusieurs modalités d’organisation, dont les centres de santé, émanation des collectivités locales, du monde mutualiste ou associatif, et les maisons ou pôles de santé, créés à l’initiative des professionnels de santé désireux de se regrouper. Dans les premiers s’appliquent des tarifs conventionnels stricts et un tiers-payant systématique, ce qui n’est pas le cas dans les seconds, où les honoraires libres peuvent avoir cours, mais d’où est exclu le tiers payant, malgré les demandes insistantes du syndicat des généralistes MG France.
La Mutualité effectue ainsi un véritable benchmarking entre l’univers des centres de santé et le monde libéral : le premier permet un accès aux soins pour tous sans dépassements d’honoraires, une prise en charge globale du patient et une forme d’exercice attractive pour les jeunes professionnels de santé. Le tout assorti de spécificités que la FNMF ne semble étrangement pas retrouver dans l’univers libéral : ouverture à tous « sans discrimination », accès à une palette de spécialités médicales en plus de la médecine générale, pratique du tiers payant, restes à charge limités, suivi des patients par une équipe pluridisciplinaire dotée d’outils formalisés, proximité, possibilité de bénéficier de campagnes de dépistage ou de vaccination, attractivité de l’exercice salarié pour des jeunes praticiens peu enclin à s’investir dans le monde libéral.
1000 MSP libérales en France
Dans les faits, cette campagne de promotion du modèle mutualiste intervient alors même que la Fédération française des maisons et pôles de santé (FFMPS) vient tout juste de se réunir, fin mars, en congrès à Toulouse pour souligner le rôle pionnier qu’ont joué tous les professionnels de santé libéraux, en s’investissant dans une formule que le gouvernement en place, comme son prédécesseur, entend largement encourager. Les promoteurs des maisons de santé pluri-professionnelles ont certes rappelé pour leurs journées nationales que leur « modèle » pouvait être précurseur d’un certain renouveau dans les rangs des professionnels de santé libéraux et constituer une des réponses possibles aux attentes des jeunes générations. Mais ils ont aussi précisé que les faibles moyens mis à leur disposition pour promouvoir de nouvelles formes d’exercice libéral (seulement 800 millions d’euros au plan national pour les nouveaux modes de rémunération) ne suffiraient pas pour en faire un modèle économique viable à terme.

Un modèle contre un autre
Une fragilité que met également en avant la Mutualité française, avançant que pour s’équilibrer, les centres de santé devaient s’associer des activités comme le dentaire,
la cardiologie, la gynécologie ou encore l’ophtalmologie. En un mot,  ouvrir la palette de leurs services et prestations. Mais la FNMF suggère aussi d’aller au-delà en dotant les centres de santé d’un pilotage plus adapté à leurs ambitions : avec 55 heures d’ouverture des locaux, un tiers payant optimisé (3 euros par passage), une délégation de tâches selon les spécialités, les centres de santé sont invités à optimiser leurs ressources financières en remplissant leurs plannings, en formant leurs professionnels à l’optimisation de la cotation des actes ou encore en appliquant des ratios clés de gestion. La clé du succès passe par l’adoption d’un « modèle économique modulable » nous explique l’argumentaire de la Mutualité. Un modèle qui permettra « à un gestionnaire de centre de santé de se projeter dans l’avenir, d’envisager de nouvelles activités et de repenser ses activités actuelles. » Au nombre de 500 en France, les centres de santé mutualistes – essentiellement dentaires, seulement 46 sont des centres médicaux et polyvalents – veulent prendre date sur l’avenir et trouver leur place dans la « Stratégie nationale de santé » du gouvernement qui entend promouvoir la « médecine de parcours ». Mais les libéraux n’entendent pas pour autant se faire souffler la place. Ainsi la Confédération des syndicats médicaux français demande « un investissement significatif sur les soins de ville libéraux pour amorcer la mutation du parcours de soins vers la médecine de parcours ». Dans cette perspective, son président, le Dr Michel Chassang, invite ses confrères à se regrouper et à « inventer un modèle économique ». « La médecine de ville doit passer du stade artisanal au stade entrepreneurial », avance ce dernier, convaincu que la démarche pourrait permettre à la Sécu d’économiser plusieurs milliards d’euros. Affaire à suivre.

Jean-Jacques Cristofari

(1) « Un nouveau modèle économique pour développer et pérenniser les centres de santé »

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