Médicaments : les industriels tirent la sonnette d’alarme

Médicaments : les industriels tirent la sonnette d’alarme

Alors qu’ils s’apprêtent à payer un lourd tribu dans la prochaine loi de financement de la Sécu pour 2018, les représentants de la branche du médicament se plaignent du sort qui leur est réservé et demandent une « politique de rupture » avec la régulation comptable passée.

Le PLFSS pour 2018, qui présentera un nouveau plan d’économies pour ramener le déficit de la branche maladie à un niveau inférieur à celui prévu pour cette année (4,1 milliards d’euros), devrait encore une fois mettre l’industrie du médicament lourdement à contribution. La CNAMTS a, par avance, proposé 750 millions d’euros d’économies au titre de la maîtrise médicalisée des prescriptions (1). Nul doute que le gouvernement ira plus loin et ajoutera à cette facture une baisse des prix des produits de santé – médicaments princeps, génériques et dispositifs médicaux -, estimant, comme le souligne la CNAMTS, que les prix de certains médicaments restent trop élevés et que les bilans produits par les laboratoires présentent encore assez de grains à moudre.
Estimant qu’il faut tourner la page d’une « politique de régulation court-termiste » qui met trop lourdement à contribution la branche, le syndicat des industriels de la pharmacie française, le Leem, lance un nouvel appel au gouvernement sorti des urnes au printemps. « La pression mise sur le prix des médicaments, l’environnement normatif inflationniste et le poids de la fiscalité générale et sectorielle ne sont pas que des freins aux investissements productifs », avance son président, Patrick Errard. « Notre industrie a besoin, pour se développer, d’une politique de santé réformatrice, ambitieuse qui accepte de considérer l’innovation thérapeutique non plus comme un coût, mais comme un investissement ». Dans cet esprit, l’organisation patronale lancera le 25 septembre une campagne d’information grand public sur l’innovation et l’image du secteur.

Un marché atone

Pour le syndicat professionnel, qui présente en cette rentrée le bilan d’activité de la branche, la France est en retard sur ses voisins européens, avec un marché qui, en terme de croissance, se situe en bas du classement, derrière l’Allemagne (+ 4 %), le Royaume-Uni (+ 5 %) et l’Italie (+ 6 %). De plus, la France qui représentait 5,6 % du marché mondial en 2006, ne représente plus que 3,4 % dix ans plus tard, avec une 5è place derrière les Etats-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne. Plus grave, « à l’horizon 2021, la France perdrait deux places, se faisant dépasser par l’Italie et le Royaume-Uni », note le rapport du Leem.
La politique de régulation mise en place depuis une bonne décennie a donc produit ses effets. Les ventes stagnent sur le marché officinal (+ 0,1 % en 2016) et si le marché hospitalier se développe (+ 7,5 %), c’est surtout grâce aux médicaments en ATU (autorisation temporaire d’utilisation) et post-ATU « pour lesquels les industriels reversent des remises très importantes ». En un mot, la croissance est atone, malgré l’augmentation observée du nombre de patients, en particulier ceux souffrant de maladies chroniques, malgré le vieillissement de la population et en dépit de deux vagues d’innovations majeures (dans l’hépatite C en 2013 et dans le cancer).

Régulation rabot

Le deuxième grief des industriels est relatif au régime fiscal dont souffrent ses membres. « La France demeure le pays pour lequel le poids des taxes spécifiques est le plus élevé », plaide le Leem. « Sur sept pays inclus dans une étude réalisée par le cabinet PwC Société d’Avocats (France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni, Irlande, Espagne, Suisse), la France est systématiquement en queue de peloton avec des taux d’impôts largement supérieurs à la moyenne européenne ». Pas moins de cinq taxes sectorielles frappent les laboratoires pharmaceutiques opérant en France, quand les autres pays européens n’en comptent tout au plus que trois (Espagne et Italie), une seule (Allemagne) voire même aucune (Royaume-Uni, Suisse et Irlande).
Enfin, l’Hexagone n’est plus la terre de prédilection pour la production de médicaments, déplore encore le Leem. Ainsi, sur 282 médicaments autorisés par l’Agence européenne du médicament (EMA) entre 2012 et 2016 (hors génériques et biosimilaires), seuls 21 sont produits en France. Premier producteur européen de médicaments dans les années 2000, la France a régressé à la 4è place. L’explication donnée serait que la France « affiche le triste privilège d’avoir un accès au marché parmi les moins rapides d’Europe ». Elle fait cependant litière d’autres explications, dont le changement de modèle de l’industrie avec la perte de ses productions de masse (blockbusters) au profit des génériques et son recentrage sur des produits de spécialités. Reste qu’au total, les industriels de la pharma ont enregistré de confortables bénéfices malgré les contraintes précitées. En 2016, les 10 leaders du marché mondial engrangeaient 91,71 milliards de bénéfices nets, soit près d’un tiers de leur chiffre d’affaires mondial dans la pharmacie, vaccins compris. Les laboratoires français auront donc du mal à plaider leur cause face à la volonté des autorités de réduire les déficits publics. La politique de « régulation-rabot » décriée par le Leem pourrait durer quelques temps encore.

Jean-Jacques Cristofari

(1) cf. « La CNAMTS sort son nouveau plan d’économies »
(2) cf. « Top 10 de la pharma mondiale : la relance par l’innovation »

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