Médicaments : baisse historique des dépenses remboursées

En 2012, les dépenses remboursées par l’assurance-maladie en médicaments représentent 22,66 milliards d’euros contre 22,84 milliards un an plus tôt. Ce recul de 0 ,8 % est dû pour l’essentiel aux efforts déployés par les pharmaciens pour promouvoir les génériques. Il n’est cependant pas sans conséquences sur l’économie même de l’officine.

Le dispositif « tiers payant contre générique », adopté par voie conventionnelle entre l’assurance-maladie et les syndicats d’officine et relancé mi-2012 aura produit ses effets et permis de gagner 12 points de substitution générique. « Au total, les médicaments génériques ont généré une économie de près d’1,5 milliard d’euros sur l’année 2012, un montant deux fois plus élevé qu’en 2007 », note la CNAM dans son Point d’information du 29 mai. Mais la baisse des remboursements est aussi la suite logique de baisses tarifaires non négligeables qui ont généré plus de 830 millions d’euros d’économies en 2012, contre 479 millions en 2011. De plus, la baisse des volumes de produits vendus s’est poursuivie en 2012 (- 1,3 %). Cette dernière concerne toutes les classes thérapeutiques. « Cette diminution des prescriptions s’explique notamment par le déremboursement de médicaments dont le service médical rendu a été considéré comme insuffisant par la Haute Autorité de Santé, lors de l’évaluation initiale ou la réévaluation de ces produits », ajoute encore la caisse nationale. Enfin, la mise en place de la rémunération sur objectif de santé publique (ROSP) introduite dans la convention signée avec les médecins « favorise également un usage approprié des produits de santé ».
Le poids des pathologies lourdes
Si les maladies chroniques voient la note de leurs traitements baisser de 473 millions d’euros, tout comme celle des médicaments dispensés pour les épisodes aigus (- 143 millions), le principal moteur de la croissance des dépenses en médicaments prescrits demeure les pathologies lourdes et graves, qui progressent de 421 millions d’euros. Ainsi les plus fortes dépenses sont enregistrées dans le traitement des hépatites (+ 68,7 %), les traitements de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA, + 25,3 %) ou encore pour les médicaments antirhumatismaux (+15,2 %). Du côté des pathologies chroniques, les médicaments antidiabétiques continuent leur progression (+ 5,6 %), tandis que les hypolipémiants voient leurs dépenses diminuer de 7,1 % du fait des baisses de prix et des chutes de brevets des produits majeurs. Seule exception à cette dernière classe de médicaments, le Crestor a vu ses remboursements progresser de 9,2%. L’Assurance maladie parle à cet égard de « fuite » hors du répertoire et estime que des économies supplémentaires pourraient être réalisées si les médecins cessaient de privilégier les médicaments les plus chers.
Pour l’avenir, l’assurance-maladie compte sur un renforcement du taux de substitution par les pharmaciens d’officine qui, pour l’heure peinent à boucler un accord conventionnel avec l’assurance-maladie sur le montant de leur honoraire de dispensation qui vise à compenser les baisses de marges liées aux baisses de prix et de volumes de médicaments remboursées. D’autres gisements d’économies pourraient encore être utilisés, dont les baisses de prix des génériques, sur lesquels la même assurance-maladie avance qu’ils sont parmi les plus élevés d’Europe (1). Partir dans cette direction risquerait cependant de fragiliser un peu plus encore l’équilibre économique des officines.

Jean-Jacques Cristofari

(1) « Coût des génériques en Europe et mécanismes de régulation des prix en Allemagne, en Angleterre et aux Pays-Bas », Points de repère, N°39, CNAM, novembre 2012

Cet article a été publié dans Actualité, Notre actualité.