Maisons de santé : le gouvernement accélère les créations

Paris, Mai 2011

 


Le ministre de la Santé souhaite quadrupler le nombre des maisons de santé pluridisciplinaires d’ici la fin de l’année. Il entend ainsi satisfaire les attentes des professionnels de santé libéraux tout en apportant une réponse adaptée aux problèmes générés par les déserts médicaux.

Alors que les médecins peinent à démarrer leurs négociations conventionnelles avec les caisses d’assurance-maladie (voir ci-après), les représentants des associations de patients s’inquiètent pour l’avenir de la santé en France et en particulier pour son financement. « Les caractéristiques démographiques de la population française, la prévalence des maladies, les progrès médicaux et technologiques, les évolutions des modes de vie sont autant de facteurs qui continueront, de manière prévisible, à exercer des pressions sur les coûts dans les années à venir », note le Collectif Interassociatif sur la Santé (CISS). Face à la persistance du déficit de l’assurance-maladie (12 milliards d’euros en 2010) et à celle des problèmes de financement de la Sécurité Sociale, le collectif s’inquiète du transfert aux complémentaires d’une part croissante des dépenses ainsi que de la hausse des restes à charge des assurés associée au désengagement du régime général. « Conjugué au problème de l’indisponibilité des praticiens de secteur 1 en de nombreuses zones du territoire, le doublement des dépassements d’honoraires en 15 ans représente un frein à l’accès aux soins qu’il est nécessaire et urgent de lever », précise encore le CISS dans une note adressée à l’ensemble des parlementaires (1). Un collectif qui considère que « l'égalité d'accès aux soins constitue un des éléments déterminants du droit à la santé et un principe républicain » et estime que « la juste répartition de l’offre médicale sur le territoire procède de l’égalité d’accès aux soins ».

240 maisons de santé en fin 2011


Face à ces inquiétudes et constats, le ministre de la Santé vient d’annoncer vouloir multiplier par quatre le nombre de maisons de santé pluridisciplinaires afin de lutter contre les déserts médicaux qui s’étendent dans certaines campagnes comme dans certains quartiers en périphérie des villes. « Aujourd'hui, vous en avez à peu près une soixantaine, vous en aurez à peu près 240 dans toute la France d’ici la fin de l’année", a précisé Xavier Bertrand, soulignant que cette mesure répondait aux souhaits des médecins « dans ces zones sous-médicalisées, que ce soit en milieu rural, ou dans les zones urbaines sensibles ». Conscient que les jeunes générations de praticiens ne sont pas prêtes à s’engager dans le sacerdoce médical de leurs aînés – moins de 10 % optent pour l’exercice libéral – et préfèrent l’exercice en groupe à la pratique isolée, le ministre a réaffirmé la nécessité de « donner toutes leurs chances » aux mesures incitatives pour convaincre les médecins libéraux d'exercer dans les zones manquant de praticiens. Reste que les dispositions adoptées jusqu’alors n’ont pas produit l’effet escompté. Ainsi si les médecins exerçant en groupe et dans des zones "déficitaires" voient leurs honoraires majorés de 20 %, le « bonus » n’a guère attiré de praticiens – à peine une cinquantaine - sur l’ensemble des zones définies comme défavorisées (soit quelque 4000 communes, selon une estimation faite en 2007). Le CISS souligne encore sur cette question à l’attention des parlementaires que 65% des Français affirment qu’il faut « encadrer l’installation des médecins pour les amener à exercer dans les zones où ils sont absents » (2) plutôt que d’ « augmenter les aides publiques versées aux médecins pour les inciter à exercer dans les zones où ils sont absents » (32%). La mission diligentée en juin 2009 par Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé sur les maisons et pôles de santé (3) et dont les conclusions ont été rendues en janvier 2010, avance un constat aussi clair que cruel : « le dispositif de premier recours est à bout de souffle ». Elle préconise une série de nouvelles mesures pour encourager la création d’une « marque collective » « maison de santé », dotée d’un fond national pérenne abondé à partir d’enveloppes existantes ainsi que d’une mission d’appui placée au niveau du conseil national des Agences régionales de Santé (ARS). L’aide publique apportée aux maisons de santé pourra s’élever jusqu’à 20 % du coût HT. « L’évolution du dispositif de premier recours exige un engagement et un soutien forts des pouvoirs publics en direction des professionnels de santé », note le bilan. Il reste désormais à encourager les jeunes médecins à se saisir de cette « marque » et à convaincre les plus anciens, assis à la table des négociations conventionnelles, que le modèle de la médecine libérale d’hier a vécu.


Jean-Jacques Cristofari

(1) « Proposition de résolution parlementaire sur l’attachement au respect des principes de solidarité nationale face à la croissance constante des dépenses de santé et aux inégalités d’accès aux soins », conjointement signée par le CISS, l’Association des accidentés de la vie (FNATH) et l’Union nationale des associations familiales (UNAF)
(2) Sondage LH2 réalisé pour le CISS les 18 et 19 février 2011
(3) « Le bilan des maisons et des pôles de santé et les propositions pour leur déploiement », rapport remis en janvier 2010.

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