L’officine change de modèle économique

L’officine change de modèle économique

2013 devrait marquer le vrai point de départ d’un changement du mode de rémunération des officines française. Une évolution inscrite dans la récente convention signée entre l’assurance maladie et les syndicats d’officinaux et rendue d’autant plus nécessaire que l’activité des pharmacies marque le pas depuis deux ans déjà.

Dans le réseau officinal, les ventes de médicaments remboursables continuent leur lente mais progressive descente aux enfers : selon IMS PharmaNews, fin septembre, en cumul annuel, le marché des produits prescrits et remboursables se situe en prix fabricant HT à – 2,1 %. « Du jamais vu ! » explique l’économiste de la santé Claude Le Pen, qui note que « si la consommation en unités décline, ce sont clairement les effets prix qui sont en cause, avec des baisses directes – il y en a encore eu récemment sur certains produits– et des baisses indirectes imputables à la forte augmentation de la substitution générique. » Une substitution que les négociateurs de la convention pharmaceutique signée en avril dernier ont fixée, pour fin 2013, à un taux de 85 %, sur la base du répertoire de référence pour une liste précise de molécules. Mi-novembre le taux se situait à 82,7 %, laissant augurer que les économies nouvelles générées autour du générique – soit 200 millions d’euros en année pleine – étaient de nature à engager une réforme de fond du mode de rémunération des pharmaciens français.
Une situation de plus en plus critique
Car le réseau officinal – qui vit une croissance zéro de ses ventes depuis deux ans et se prépare, de l’avis des analystes, à entrer en récession l’an prochain après la nette décroissance constatée cette année -, se cherche de nouvelles raisons d’espérer à travers l’accord conventionnel du printemps dernier. Ce d’autant que le projet de loi de financement de la Sécu (PLFSS) pour 2013 en débat ce mois de novembre au Parlement a inscrit sur sa feuille de route quelque 2 milliards d’euros d’économies sur le médicament. « Ce qui se traduira, explique en octobre Philippe Gaertner, président de la Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France (FSPF), par une perte de marge pour l’officine d’environ 500 millions d’euros sur deux ans. » « Encore une fois, le médicament est le poste le plus touché », ajoute ce dernier en précisant que la contribution du médicament se situera à hauteur de 60 % des économies escomptées, alors même que ce champ ne représente que 16 % des dépenses d’assurance-maladie. « Dans ce contexte, il est clair que notre modèle économique doit changer », martèle le syndicaliste. « Nous perdons 300 millions de marge par an et la situation devient de plus en plus critique au fil des mois », confirme de son côté Gilles Bonnefond, président de l’Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine » (USPO).
Neutraliser l’impact des PLFSS sur les marges
Les deux représentants de la profession, avec Françoise Daligault, présidente de l’Union nationale des Pharmaciens de France (UNPF), s’apprêtent ainsi à négocier d’ici la fin de l’année le montant de l’honoraire de dispensation que pourra facturer le pharmacien à l’assurance-maladie pour chaque acte pharmaceutique réalisé. La création de cet honoraire vise ainsi à payer un certain nombre de prestations assurées lors de la délivrance des médicaments par le pharmacien, dont la liste a été arrêtée dans l’article 25 de la Convention. L’objectif poursuivi par les négociateurs est ici de déconnecter la rémunération des pharmaciens des « prix et des volumes » et de voir cet honoraire de dispensation représenter, dans un délai de 5 ans, un quart de la rémunération totale des officines. La négociation qui durera jusqu’en décembre devrait ainsi permettre de fixer un tarif, appelé à évoluer progressivement.
Selon la FSPF, un transfert, dans un premier temps, des marges vers 12,5 % d’honoraires de dispensation représenterait un apport de 700 millions d’euros pour le réseau. Mais les représentants des syndicats souhaitent aller plus loin, et selon les termes de Gilles Bonnefond « neutraliser l’impact des PLFSS et de leurs plans d’économies sur les marges des pharmaciens ». Dans cet esprit, la Convention d’avril 2012 a fixé d’autres modalités de rémunération des officinaux à travers de « nouveaux modes de prise en charge des patients » (article 10 de la Convention) : ils concerneront les actions de prévention et de dépistage, l’accompagnement des malades chroniques, la coordination des soins avec d’autres professionnels de santé, l’accompagnement du patients ou encore le suivi pharmaceutique, en particulier dans la prévention des incidents ou accidents iatrogènes. Ainsi, la réalisation d’objectifs individualisés de santé publique, dans le cadre de « nouvelles missions » confiées aux officinaux (suivi des AVK – anti-vitamine K, de l’asthme, des malades chroniques, surveillance des personnes âgées, éducation thérapeutique des patients), permettra à ces derniers de générer de nouvelles sources de revenus, ce dès 2013. Le PLFSS pour 2013 a également inscrit la création de forfaits de coopération professionnelle (pour le temps de coordination des équipes de professionnels, la réalisation et le suivi de protocoles de soins etc.), qui devrait également faire évoluer le modèle économique de l’officine. Reste désormais à savoir quels seront les membres du réseau officinal qui opteront résolument pour cette (r)évolution ?

Jean-Jacques Cristofari

Cet article a été publié dans Actualité, Dossiers thématiques.