Les pharmaciens d’officine cherchent une 3ème voie

Les syndicats de pharmaciens d’officine négocient toujours avec l’assurance-maladie les contours de leur futur modèle économique. Les chiffres et les scénarii sont désormais sur la table. Entre l’effondrement des ventes et les baisses de prix qui affectent leurs marges, les officinaux attendent beaucoup du changement de leur mode de rémunération.

« Il faut réussir la réforme et préparer cette évolution pour la profession ». plaide Gilles Bonnefond, le bouillonnant patron de l’Union des Syndicats de Pharmaciens (USPO). Si l’année 2009 a été celle de la reconnaissance des missions du pharmacien – dans la prévention, le dépistage, l’éducation thérapeutique ou l’accompagnement des patients -, 2014 devra être celle de la rémunération. En détachant au besoin cette dernière des prix et des volumes de produits vendus. Mais pas à n’importe quelle condition ? Le syndicaliste demande un contrat pluriannuel avec l’Etat pour garantir un tant soit peu l’évolution des marges des pharmaciens. Face au recul des ventes (- 2% cette année), l’USPO propose de recalibrer la marge dégressive lissée (MDL) en augmentant le forfait à la boîte de médicament vendu et en baissant les taux de marge sur les médicaments à prix élevés. Ce changement devra s’accompagner d’un honoraire de dispensation digne de ce nom et non d’un honoraire à la boîte, tel que proposé par l’assurance-maladie.
Un euros d’honoraire = 2,5 milliards de pertes
L’objectif poursuivi se résume en quelques chiffres : en premier lieu, les syndicats voudraient préserver autant que faire se peut les 5,548 milliards de marges qui leur reviennent pour faire tourner leur entreprise. Un vrai challenge sur un marché en dépression et une Sécu en déficit. L’assurance-maladie propose  un minimum de marge de 1 euro par boite, assortie d’une baisse de marge pour les 3 tranches de la MDL (la marge de 26,10 % pour les prix compris entre 0 et 22,90 euros va passer à 27,70 %. Celle de 10 % va passer à 9,10 % pour les prix compris entre 22,90 et 150 euros. Celle de 6 %, pour les médicaments au prix supérieur à 150 euros, va passer à 4 %.) Cette bascule permettra d’injecter 50 millions d’euros dans le réseau. « Tous les médicaments de moins d’un euro de marge vont voir leur marge augmenter jusqu’à un euro et tous les autres vont voir leur marge baisser », explique Gilles Bonnefond. Conséquence pour le réseau officinal : une diminution de 1 euros en prix public de tous les médicaments, soit 2,5 milliards de pertes de chiffre d’affaires pour les pharmaciens. « Ces honoraires de 1 euro, administrativement attachés à la boite, ne préparent pas l’évolution de notre métier ».
Face à ce scénario, l’USPO présente le sien : augmenter le forfait à la boîte, qui passerait à 0,60 euro – avec une marge inchangée pour la première tranche et une baisse de marge pour les 2 suivantes – , et travailler sur des honoraires complémentaires liés à l’ordonnance et non à la boite. En France, 561 millions d’ordonnances sont délivrés par an. Autant dire que la négociation promet d’être serrée. En attendant les officinaux devront digérer d’autres pilules, dont celle de l’impact de la taxe imposée aux laboratoires sur les ventes directes de princeps ou encore celle de l’augmentation de la TVA sur les médicaments, les préparations magistrales non remboursables et les préservatifs masculins.

Jean-Jacques Cristofari

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