Les officines se cherchent un avenir

Alors que le marché du médicament s’est effondré en 2013, les officines commencent à douter de leur avenir. Une fraction de leurs représentants syndicaux a signé un protocole d’accord avec l’assurance-maladie en vue d’une réforme de leur mode de rémunération, tandis qu’une autre reste encore sur la réserve.

La rémunération des officines ne sera désormais plus assise sur les seuls prix des médicaments. L’actuel système des rémunérations à la marge sera, à compter du 1er janvier prochain, accompagné d’un « honoraire de dispensation », fixé à 80 centimes par boîte de médicament dispensée. Cet honoraire passera à 1 euro par boîte dès le 1er janvier 2016. Il se substituera à l’actuel versement de 53 centimes par boite de médicament. A cet honoraire s’ajoutera le versement aux pharmaciens de 50 centimes pour chaque ordonnance de 5 médicaments ou plus, ce dès 2015. En échange, la marge des pharmaciens sur chaque médicament vendu sera ajustée à la baisse. Le texte, signé le 9 janvier dernier entre l’assurance-maladie et la seule Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France (FSPF) – l’Union des Syndicats de Pharmaciens d’officine (USPO) et l’Union Nationale des pharmacies de France (UNPF) ayant choisi de soumettre le protocole d’accord à leur conseil d’administration respectif – a pour objectif premier de « déconnecter davantage la rémunération officinale des volumes de médicaments délivrés ». Au-delà, il vise à « préserver à la fois l’équilibre économique de l’assurance-maladie et du maillage officinal, sans engendrer d’impact sur le reste à charge des patients ».
Marché du médicament en baisse
Cet accord, qualifié « d’historique » par les signataires du texte, vise surtout à répondre à la nouvelle donne économique qui affecte le monde officinal depuis plusieurs années. Car les courbes d’évolution du chiffre d’affaires et des marges des pharmaciens d’officine suivent mécaniquement celle du marché pharmaceutique global, en baisse tendancielle pour la 3ème année consécutive. « Un mois avant la fin de l’année 2013, le marché total et le marché remboursable sont en tendance annuelle à – 2,8 % », rapporte la dernière lettre d’information d’IMS. « Par rapport à 2011, dernière année de croissance non négative, ce marché est en recul de plus d’un milliard d’euros, à 18,6 milliards contre 19,7 milliards d’euros », souligne l’économiste de la santé Claude le Pen. Les mesures adoptées fin novembre par la loi de financement de la Sécu pour 2014, qui prévoient 1 milliard d’économies sur le seul poste médicament (essentiellement via des baisses de prix), ne devraient pas rassurer davantage le monde officinal.
Fin 2013, le même réseau aura donc vu 150 officines fermer définitivement leur rideau, soit une tous les trois jours. « Certains disent que ce n’est pas trop grave, mais lorsque le problème tombe dans un village ou un quartier difficile, cela donne des réveils douloureux pour les maires et les élus de la commune », commente à cet égard Gilles Bonnefond, le président de l’USPO. Pour ce dernier, qui n’a pas signé le protocole d’accord du 9 janvier dernier, « le métier de pharmacien doit évoluer. Mais il faut que la réforme se fasse dans des conditions acceptables ». Et faute d’un nouveau modèle économique solide pour l’officine, le syndicaliste craint que la crise ne perdure dans ses rangs. Aussi attend-il, comme les autres syndicats de pharmaciens, qu’un arrêté ministériel fixe le montant maximal des remises que les pharmaciens peuvent percevoir lors de l’achat de produits génériques et que d’autres textes arrêtent le taux de prise en charge de l’honoraire de dispensation et les nouveaux paramètres de la marge commerciale applicables à chaque boite de médicaments. Autant dire que d’ici fin mars, date de la signature définitive du texte, qui devra encore être validé par le ministère de la Santé, les négociations sur l’avenir de l’officine continuent.

Jean-Jacques Cristofari

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