La santé des Français réclame de nouvelles réponses

La santé des Français réclame de nouvelles réponses

Alors que le gouvernement issu des élections présidentielles va se mettre en place et définir ses nouvelles priorités pour la santé, un rapport de la DREES nous livre une analyse de l’état de la santé de la population résidente en France. Si près de sept Français sur dix âgés de 16 ans ou plus se déclarent en bonne ou en très bonne santé, bien des questions de santé nécessitent de nouvelles réponses.

La santé des Français continue de s’améliorer année après année, mais différents facteurs laissent entendre que cette amélioration s’effectue désormais à un rythme moins soutenu. A l’actif du bilan réalisé par la DREES (1), il faut noter une espérance de vie qui est parmi les plus élevées d’Europe : elle est de 85 ans pour les femmes en 2015 et de 78,9 ans pour les hommes. Sur la décennie écoulée, elle a progressé de 2,2 ans pour ces derniers et de 1,2 an pour les femmes. A cette donnée s’ajoutent une réduction très notable de la mortalité toutes causes observées depuis plusieurs décennies et, depuis plus de 15 ans, une évolution à la baisse de la mortalité prématurée (avant 65 ans). « La réduction de la mortalité concerne la plupart des maladies chroniques, note le rapport précité : entre 1980 et 2012, la mortalité tous cancers (première cause de mortalité) a baissé de 1,5 % en moyenne par an chez les hommes et de 1,0 % chez les femmes. » La mortalité tous cancers, plus élevée chez les hommes que chez les femmes, s’établit à ce jour à 124 pour 100 000 personnes chez les hommes et à 72,9 chez les femmes. Seul point noir de ce bilan, la mortalité par cancer du poumon et la mortalité liée à la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) ont augmenté chez les femmes, un constat qu’il faut associer à la consommation de tabac qui n’a que peu fléchi chez les femmes au cours des trois dernières décennies. Sur 567 000 décès observés en France en 2013, quatre groupes de maladies rassemblent près des deux tiers des décès : cancers (1ère cause de mortalité depuis 2004), maladies cardiovasculaires (1ère cause de mortalité chez les femmes), maladies de l’appareil respiratoire et enfin les morts violentes (suicides, accidents). Au total, l’essentiel de la mortalité se concentre désormais aux âges élevés avec, en 2015, des espérances de vie à 65 ans de 23,5 ans pour les femmes et de 19,7 ans pour les hommes, en tête du classement des pays européens. Des données qui traduisent les avancées réalisées au plan de la santé.

Maladies chroniques en hausse

Mais ce bilan a également un passif. Premier poste de la dépense de santé, les maladies chroniques continuent de progresser, avec pour cause principale le vieillissement de la population et l’accroissement de l’espérance de vie. Si les Français bénéficient de meilleurs diagnostics et prises en charge, ainsi que de meilleures techniques d’imagerie, ils connaissent également des sur-diagnostics coûteux et souvent inutiles, sans compter qu’ils restent sous l’emprise de l’augmentation ou de la persistance de certains facteurs de risque, tels la sédentarité et l’inactivité physique, le surpoids et l’obésité, la réduction insuffisante du tabagisme et des inégalités sociales. Toutes choses qui plombent les résultats sanitaires. L’amélioration des techniques de dépistage et de diagnostic conduisent à une meilleure identification des cas et à des diagnostics plus précoces, en particulier pour les cancers, pour lesquels on observe depuis 2005 une rupture dans l’évolution ascendante de l’incidence des cancers, avec une diminution de l’incidence chez l’homme et une stabilisation chez la femme. « Si la mortalité par AVC ne cesse de diminuer depuis les années 2000, l’incidence des patients hospitalisés est en augmentation chez les moins de 65 ans depuis 2002 et tend à se stabiliser chez les 65 ans et plus depuis 2008″, ajoute la DREES. Conséquence du tabagisme, les hospitalisations pour exacerbation de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) ont augmenté entre 2000 et 2014 ; une hausse plus importante chez les femmes que chez les hommes. Enfin, au nombre des pathologies chroniques répandues, le diabète traité au plan pharmacologique affecte désormais 3 millions de personnes (4,7 % de la population), avec une augmentation de sa prévalence qui touche les deux sexes, avant comme après 65 ans.

Inégalités de santé persistantes

Au regard du tableau très complet dressé par l’institut de recherche, près de 7 Français sur 10 se déclarent en bonne ou en très bonne santé. « De façon paradoxale, compte tenu des écarts d’espérance de vie, les hommes se sentent en meilleure santé que les femmes, déclarent moins de maladies (mais des maladies plus graves) et recourent moins aux soins à âge égal« , souligne la DREES. « Les classes les plus favorisées économiquement et/ou les plus diplômées bénéficient d’un meilleur état de santé, d’une capacité d’appropriation des messages de prévention plus adéquate et d’un accès au système de santé, notamment de recours aux soins plus adaptés », note encore le rapport. Avec les années, les inégalités sociales de santé, présentes à tous les âges de la vie, sont donc loin d’avoir été réduites et les inégalités de recours aux soins, en lien avec les disparités territoriales de santé, contribuent toujours à la plus grande fréquence des problèmes de santé, en particulier chez les plus démunis. Soit autant de facteurs dont le nouveau gouvernement devra tenir compte. Le vieillissement de la population et le lot de pathologies qui l’accompagne représentent désormais un « enjeu majeur » en cette première partie du 21è siècle. « Plus globalement, la prise en charge des personnes atteintes de maladies chroniques ou de handicap appelle de nouvelles réponses, notamment une prise en charge globale de l’individu, en améliorant la coordination des acteurs », conclut la DREES. Le bilan de santé des Français est sur la table. Aux autorités d’y apporter les réponses adéquates.

Jean-Jacques Cristofari

(1) « L’état de santé de la population en France », rapport 2017, Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES)

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