La Mutualité prend date pour l’avenir

La Mutualité prend date pour l’avenir

La FNMF a réuni en juin dernier à Nantes quelque 2000 mutualistes aux côtés de responsables de la santé et des plus hautes autorités de l’Etat. Ce temps fort de la vie de la Mutualité Française a surtout été l’occasion pour celle-ci de faire valoir ses positions et propositions, alors même que la loi de modernisation du système de santé va entrer dans sa dernière ligne droite  

« Alors que l’assurance maladie fête son 70e anniversaire, il est plus que jamais nécessaire de réaffirmer les valeurs de solidarité, au cœur du contrat social, et d’innover pour que ces valeurs soient une réalité pour tous, au-delà même du régime général », a indiqué le président de la FNMF à l’ouverture de son congrès nantais. Pour Etienne Caniard, la protection sociale de demain s’appuiera sur deux piliers : la Sécurité sociale, qu’il entend « défendre avec acharnement », et les complémentaires « qui offrent la souplesse nécessaire pour l’accès aux soins et la régulation ». « Nous avons des problématiques communes, lui a répondu le directeur général de l’Uncam, Nicolas Revel, – l’accessibilité de tous aux soins – et des intérêts communs, car nous sommes confrontés à une augmentation des dépenses de santé qui nous met au défi, les uns et les autres. » Reste que le regard des mutuelles demeure rivé sur ceux qui n’ont pas accès à une complémentaire santé ou qui ont dû y renoncer. Ils sont au nombre de 3,3 millions en fin 2012, soit 500 000 de plus qu’en 2010. Sans compter les 29 % de Français qui ont renoncé aux soins, « essentiellement pour raison financière ». « Pour les retraités en particulier, c’est la quadruple peine : alors que leur revenu d’activité baisse et que les problèmes de santé sont plus fréquents à leur âge, ils perdent le cofinancement de leurs cotisations par leur employeur et les aides fiscales et sociales dont bénéficie le contrat collectif de leur entreprise », ajoute la FNMF. Soit autant de raisons qui militent à ses yeux pour une remise à plat de l’ensemble des dispositifs d’aides afin de faciliter l’accès à la complémentaire santé pour les personnes qui en ont le plus besoin. « L’amélioration de la couverture des salariés ne peut pas avoir pour contrepartie la dégradation de la situation des jeunes, des chômeurs, des travailleurs précaires, des handicapés et surtout des retraités », a répondu en écho le Président de la République qui, depuis Nantes, a estimé nécessaire une adaptation de la loi Evin de 1989, « très insuffisante quant à ses modalités d’application ».

Clivages entre mutualités et médecins
Ce congrès a également été l’occasion de remettre les pendules à l’heure avec les professions de santé qui s’opposent depuis des mois, avec des raisons différentes, à la future loi de santé et à la généralisation du tiers payant. Regrettant « l’absence d’une véritable logique de parcours de soins du patient », Etienne Caniard invite les membres de la Mutualité Française à militer pour le développement d’une offre de soins de premier recours. Une perspective qui doit à ses yeux compléter les nouveaux modes d’organisation dans les maisons et centres de santé mutualistes qui garantissent un reste à charge nul pour le patient et la mise en place d’un programme ambitieux d’information, de prévention et de dépistage. Ces projets ne sont pas du goût du président de la Confédération des Syndicats Médicaux de France, le Dr Jean-Paul Ortiz, qui s’est dit « clairement opposé à la mise en place de réseaux de soins avec les médecins » et demeure « attaché à un conventionnement avec l’AMO. » Il a également réaffirmé son opposition au tiers payant, « qui fait craindre aux médecins une aliénation de leur activité vis-à-vis des assureurs complémentaires ». « Des dispositifs d’engagement réciproques entre professionnels de santé et financeurs sont indispensables pour retrouver une forme d’opposabilité des tarifs, sans laquelle toute maîtrise des restes à charge demeurera vaine », a répondu Etienne Caniard. A l’évidence, la question des dépassements d’honoraires demeure au centre des discussions entre les uns et les autres. Pour Etienne Caniard, au-delà de 2017,  il « faudra remettre à plat cette pratique pour distinguer les dépassements qui correspondent à une véritable amélioration de la qualité de la prestation avec une contrepartie mesurable ».
De son côté, le Président de la République a estimé que « l’intérêt général appelle à confier [aux AMC] une place dans la régulation du système de soins, avec l’assurance maladie », tout en soulignant le rôle « particulièrement utile des mutuelles dans les conventions avec les professionnels de santé. » A la clôture du Congrès, où les réseaux de soins « légitimés par la loi Le Roux » se sont invités en force, les clivages entre mutuelles et professionnels de santé étaient à nouveaux marqués sur la question d’une possible extension des conventionnements entre les uns et les autres. La future loi de modernisation de la Santé devrait préciser si une troisième voie est possible autour d’une réorganisation en profondeur des soins primaires, que le syndicat des généralistes, MG France, appelle de ses vœux.

Jean-Jacques Cristofari

Cet article a été publié dans Actualité, Dossiers thématiques.