Un Français sur deux est inquiet de la disparition croissante des pharmacies d’officines. Le récent salon Pharmagora confirme la tendance : les officines se portent mal. 2010 aura été une année difficile et 2011 ne se présente guère mieux. Une enquête réalisée par la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) analyse la situation.
Une enquête menée en février dernier par le groupe Pasteur Mutualité/Viavoice sur « la perception des Français de l’impact des difficultés financières des pharmacies » a mis en évidence un phénomène récent : 50 % des Français sont désormais inquiets pour l’accès à leurs produits de santé dans un réseau qui a enregistré quelque 227 fermetures de pharmacies en l’espace de deux ans. Le pourcentage grimpe à 55 % en zone rurale et atteint même les 75 % dans les rangs des exploitants agricoles. Cette inquiétude est à rapprocher de celle que nos concitoyens manifestent auprès de leurs élus face à une démographie médicale en baisse et qui génère des difficultés croissante d’accès aux soins de première intention dans certains quartiers de zones urbaines, voire dans un nombre grandissant de communes rurales.
Le salon Pharmagora qui a ouvert ses portes fin mars a confirmé une tendance pour l’année écoulée : le nombre d’ouvertures de procédures collectives, c'est-à-dire de défaillances ou de cessations de paiement s’est situé à 140 en 2010, soit une hausse de 25 % par rapport à 2009, selon le bilan réalisé par Interfimo. « Près d’un tiers de ces faillites ou quasi-faillites concernent d’ailleurs des pharmacies situées en Ile-de-France », a noté la société d’expertise financière.
Dans un contexte fortement marqué par une quasi-stagnation des ventes de produits princeps en 2010 dans les officines, assortie de nouvelles baisses de leurs marges, la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France a décidé de sonder la profession. L’enquête menée par la FSPF auprès de 2 700 titulaires fait ressortir que 97 % des pharmaciens considèrent la situation économique des officines dégradée. Trois principaux facteurs expliquent la situation : la baisse de la marge (86 % des réponses), les conditionnements trimestriels (81 %) et les déremboursements (71 %). A ces derniers s’ajoutent la baisse d’activité (57 %), la réduction des délais de paiement auprès des fournisseurs (54 %) ou encore l’augmentation des charges (52 %). Cette mauvaise santé du réseau pourrait avoir des répercussions sur la gestion du personnel : deux tiers des répondants pensent pouvoir maintenir l’effectif de leur officine, mais un tiers envisage de réduire l’équipe. Seulement 2 % des pharmaciens projettent d’embaucher. L’immense majorité des pharmaciens constate que la mise en place du libre accès n’a pas été bénéfique : 89 % n’ont pas perçu d’effets réels sur leurs ventes. 28 % ont constaté une faible progression, 58 % aucun changement et 3 % ont même observé une diminution. L’ensemble du réseau attend désormais de connaître les propositions qui lui seront faites quant à l’évolution du mode de rémunération. A la demande de Xavier Bertrand, ministre du Travail et de la Santé, l’inspection générale des affaires sociales (Igas) devra remettre son rapport fin avril sur cette dernière question, en se fondant « en particulier sur les expériences étrangères » pour faire des propositions concrètes » avec un « calendrier de mise en œuvre ».
Jean-Jacques Cristofari