Génériques : attaques à répétition

Attaqués il y a tout juste un an par l’Académie de Médecine, les médicaments génériques sont une nouvelle fois l’objet d’une remise en cause relative à leur sécurité. L’attaque vient cette fois du milieu médical et soulève les protestions du GEMME.

En février dernier, les génériques étaient l’objet d’une remise en cause en règle, organisée par l’Académie de Médecine (1) qui souligne d’emblée que « le générique n’est pas la copie conforme de la spécialité princeps », que « le changement d’excipient peut occasionner des réactions allergiques plus ou moins sévères » ou encore qu’« un certain nombre de malades et de professionnels de santé ne font pas totalement confiance aux produits génériques ». L’Académie sème alors le trouble et jette la suspicion sur des médicaments qui ne bénéficieraient pas des règles de bonnes pratiques de fabrication dans certains pays et, pire encore, seraient fabriqués à partir de principes actifs peu sûrs au sein d’une chaîne de sous-traitants difficile à contrôler. Aussitôt les fabricants de génériques opérant en France se sont élevés contre de telles remises en question de produits pour la fabrication desquels ils prêtent la plus grande attention, refusant de limiter le rôle du générique à la seule question des économies qu’il permet de générer. En réponse à cette polémique, l’Académie de Pharmacie, fait aussitôt connaître son « avis et ses recommandations », en précisant que les inquiétudes qui se sont récemment manifestées à l’égard des médicaments génériques, notamment sur leur qualité, leur efficacité et le droit de substitution par le pharmacien, n’ont pas lieu d’être. « Les médicaments génériques sont des médicaments aux qualités identiques à celles des médicaments princeps », « ils ont fait la preuve de leur bioéquivalence » et « ne présentent ni plus ni moins d’effets indésirables ou de réactions « allergiques » que les médicaments princeps », répondent les académiciens en émettant une série de recommandations quant à l’usage des génériques. L’affaire se poursuivra par la publication d’un rapport de l’IGAS (2), suivi d’un autre de l’Agence nationale de sécurité du médicament (3), qui indiquera de son côté que « les inspections et contrôles réalisés par l’Agence, le suivi des effets indésirables ne montrent pas d’écarts notables entre les médicaments génériques et les princeps. », en rappelant que « le médicament générique obéit aux mêmes règles [de contrôle] que le médicament princeps ». Ces deux rapports seront complétés par celui de la Mutualité Française (4) qui émet alors « 10 propositions pour rétablir la confiance », en invitant à « cesser les polémiques infondées, cette diabolisation du générique, purement française, injustifiée et préjudiciable pour l’avenir de notre système de santé. »
Une polémique consternante
Début avril, un dossier spécial consacré aux génériques par l’hebdomadaire L’Express, remet le feu aux poudres (5). Le dossier s’appuie largement sur les conclusions d’un médecin, le Dr Sauveur Boukris, auteur de « Médicaments génériques, la grande arnaque », pour avancer que les « copies » des princeps ne seraient « avant tout qu’une histoire d’argent ». Le médecin jette une nouvelle fois le doute sur leur sureté, leur bioéquivalence, les contrôles effectués par les autorités sanitaires sur des produits relevant « d’une propagande d’Etat ». Il invite les patients à refuser les génériques proposés par les pharmaciens, et dans le cas contraire à privilégier les « autogénériques ». Une catégorie qui renvoie à des génériques produits par les fabricants de la molécule d’origine, que le médecin promeut étrangement contre toute autre forme de génériques. Pour Pascal Brière, président du GEMME qui rassemble les génériquers français, et président de Biogaran, l’article de l’hebdomadaire est « consternant » et « réfère à des informations anciennes et largement démenties depuis lors par successivement les rapports de l’ANSM, de l’Académie de Pharmacie et de l’IGAS ». « Il ne fait état que de données approximatives, imprécises et erronées » et « n’est le reflet que de la parole donnée à ceux dont l’ignorance vis-à-vis du médicament générique, la pharmacologie et la pharmacocinétique est patente ». Le journal l’Express a, sur la question, voulu faire un « coup ». Mais au final, il ne nourrit, selon le patron du GEMME que « le rejet par une profession libérale de l’intervention de l’Etat au travers de la politique du médicament générique ». Et de conclure que, dans cette affaire, « l’ensemble forme un cocktail explosif sur lequel toutes les rumeurs peuvent aisément prospérer, sans que la rigueur scientifique ne puisse s’imposer ». En 2012, le taux de substitution du princeps au générique est remonté à plus de 80 %, alors qu’il était au plus bas six mois auparavant. Les attaques répétées contre les génériques relèveraient-elles d’autres enjeux économiques ?

Jean-Jacques Cristofari

(1) « Place des génériques dans la prescription », rapport de la Commission II, par Joël Menkès, février 2012.
(2) « Evaluation de la politique française des médicaments génériques », IGAS, septembre 2012
(3) « Les médicaments génériques : des médicaments à part entière », ANSM, décembre 2012
(4) « Rapport 2012 sur les médicaments génériques », FNMF, décembre 2012
(5) L’Express du 2 avril 2013
http://www.lexpress.fr/actualite/sciences/sante/generiques-excipients-attention-prudence_1237810.html?xtmc=G%E9n%E9riques&xtcr=2

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