Elections professionnelles : les médecins redistribuent les cartes

Elections professionnelles : les médecins redistribuent les cartes

Les élections pour les Unions régionales des professions de santé (URPS) ont été bouclées le 16 octobre dernier. Elles donnent la prime aux syndicats de praticiens libéraux les plus opposés à la loi de santé. Tous se positionnent désormais en vue des futures négociations conventionnelles.

Six mois d’une intense campagne électorale durant laquelle il n’aura quasiment jamais été question des URPS, de leur rôle et de leur finalité, n’auront pas vraiment convaincu les médecins libéraux de voter pour l’un ou l’autre des 4 grands syndicats en lice. Avec 60 % de refus de vote, alors même que les médecins avaient été invités à voter par correspondance, les abstentionnistes sont ainsi devenus la première force médicale du pays. Le taux de participation n’aura été que de 42,38 % dans les rangs des généralistes et de 43,49 % ceux des spécialistes appelés à voter sur deux collèges distincts.
Au final, la première centrale syndicale, la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) conserve son statut de « premier syndicat du pays », en voix et en élus. Si elle maintient une position de leader parmi les spécialistes, avec 40,65 % (en baisse de 10 %), elle enregistre un net recul parmi les généralistes, avec 20,25 % des voix (- 6 % depuis 2010) et ne recueille que 12,37 % dans le collège n°3 des chirurgiens, anesthésistes et gynécologues-obstétriciens où le BLOC sort grand vainqueur.
Dans les rangs des généralistes, le syndicat mono catégoriel MG France consolide sa première place avec 31,29 % des voix (contre 29,73 % en 2010), suivi de la FMF (27,62 %) qui apparaît comme le grand vainqueur de cette consultation, avec une progression de 9,17 % par rapport à 2010. Ce dernier syndicat, dirigé par le Dr Jean-Paul Hamon a largement profité de son implication dans le mouvement des coordinations qui ont émergé dans toute la France et du ralliement de dernière heure des « anti-syndicalistes » de l’Union Française pour une Médecine Libre (UFML) qui a fédéré bien des mécontentements de médecins de terrain. « Le paysage syndical bouge, les rapports de force vont être modifiés dans pas mal de région » commente le patron de la FMF, tandis que celui de la CSMF lit dans ses résultats « une poussée du poujadisme et des replis identitaires ». Pour MG France les élections ont porté la colère des généralistes : « La médecine générale a exprimé fortement ses difficultés et sa colère, notamment en renforçant la place de MG France, syndicat spécifique dont les propositions et les exigences doivent maintenant être entendues », note Claude Leicher, son président.
Un autre syndicat mono catégoriel, le BLOC, sort son épingle du jeu en réalisant dans son collège une progression de 8,55 %, de 58,24 % en 2010 à 66,79 % en 2015, suivi du SML (12,95 %). Le SML – qui rassemble les médecins du secteur 2 – se situe au final en 2ème position dans le collège des spécialistes, avec 28,94 % derrière la CSMF, mais devant la FMF (21,77 %).

Principe de réalité
Ces résultats ouvrent la voie aux futures négociations avec l’assurance-maladie en positionnant les syndicats dans le jeu conventionnel qui va s’ouvrir en février prochain. Mais il leur faudra encore passer par la traditionnelle enquête de représentativité qui sera menée dans la foulée des élections aux URPS. Jusque là, le gouvernement va boucler sa loi de modernisation du système de santé, en discussion à l’Assemblée nationale autour d’un texte qui va entraîner une dernière bronca syndicale lors de son vote final le 17 novembre prochain. Le directeur de la CNAM et patron de l’UNCAM, Nicolas Revel, sait déjà que ses marges de manœuvre sont plus que réduites avec un objectif national des dépenses d’assurance-maladie (Ondam) fixé à 1,75 % et un nouveau plan d’économies de 3,4 milliards d’euros à mettre en œuvre. « Il devra y avoir de la part de tous une exigence de lucidité et la prise en compte du principe de réalité », a prévenu ce dernier. Les médecins, très remontés contre une ministre que l’on dit démissionnaire et dont les attentes sont fortes, accepteront-ils ce message ? Rien n’est moins sûr.

Jean-Jacques Cristofari

Cet article a été publié dans Actualité, Dossiers thématiques.