DMP : faut-il poursuivre le projet ?

DMP : faut-il poursuivre le projet ?

Le projet de dossier médical personnel (DMP) n’en finit pas de rebondir. Relancé dans le cadre de la Stratégie nationale de santé, son prix de revient vient de faire l’objet d’une nouvelle estimation par l’ASIP Santé, qui a en charge sa maîtrise d’œuvre.

Véritable serpent de mer qui tarde cependant à montrer ses écailles, le DMP est depuis quelques mois l’objet de toutes les attentions. Cet outil, loin d’être abouti et qui devait préfigurer le moyen le plus efficace pour mieux coordonner les soins des malades n’en finit pas de défrayer la chronique. Certaines sources ont annoncé que moins de 500 000 dossiers ouverts sur les 5 millions prévus à l’origine ont fait grimpé la facture à quelque 500 millions d’euros depuis 2004. Le député de Haute-Garonne, Gérard Bapt, président du groupe d’études « Numérique et Santé », qui avance ce chiffre, évoque un dossier partagé « pas du tout adapté », tandis que l’ancien directeur général de l’Agence des Systèmes Partagés de Santé estime que le coût évoqué « est parfaitement inexact et ne sert qu’à appuyer une mise en cause infondée ».
L’ASIP Santé, qui a en charge cette maîtrise d’œuvre, revient sur son site internet (1) sur l’historique du financement de ce qui apparaît lentement mais sûrement comme un véritable gâchis. Elle souligne que l’assurance-maladie lui a versé 152 millions d’euros entre 2010 et 2013, dont 97 millions ont financé le DMP « au titre de la phase de construction et d’amorçage pilotée par l’ASIP Santé ». A ce montant, il faut ajouter 90 millions d’euros au titre de la phase initiale (2005-2009), alors pilotée par le GIP-DMP. Selon la Cour des Comptes qui s’est penchée sur ce dossier 44 millions d’euros des « ressources complémentaires ont été mobilisés au niveau régional et sans doute davantage » (2). L’ASIP Santé objecte à cet égard que « le coût de ces actions, résultant d’initiatives locales et menées sans lien avec le projet DMP, ne peut être imputé au DMP, dont la création a justement pour objet de faire disparaître ce genre de centres de coûts. » La rue Cambon estime cependant que près de 210 millions ont été consacré au financement du DMP, «sans tenir compte des « ressources imputées dans les comptes des établissements de santé (…) pour assurer la convergence entre dossiers de patients hospitaliers et DMP ».
Au-delà de la polémique sur les chiffres, il reste désormais à savoir si le DMP2, dit « de 2è génération », souhaité par la ministre de la Santé en vue d’être « réorienté au service du parcours de santé comme outil de coordination » dans le cadre de la Stratégie nationale de santé (SNS), a encore du sens. Pour le président du syndicat MG France, M. Claude Leicher, « le concept est mauvais depuis le départ et les professionnels de santé ne peuvent pas s’investir dans un outil qui ne sert à rien ». Ce dernier préconise plutôt « de mettre l’argent sur la construction d’un dossier professionnel chez le médecin traitant » via la voie conventionnelle avec l’assurance-maladie. Une chose est désormais certaine : 9 ans après son lancement, l’outil nécessaire à la coordination des soins des patients ne recueille l’adhésion de personne, ni des patients, ni des médecins. Pourquoi dès lors insister ?

Jean-Jacques Cristofari

(1) Asip Santé, « Le coût du DMP : les faits et les chiffres »
(2) Source: http://www.ticsante.com/story.php?story=1314#ixzz2rW4Oulce

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