Budget de la Sécu : les pharmaciens sur le fil du rasoir

Le projet de budget pour la Sécurité sociale en 2014 prévoit 2,9 milliards d’économies supplémentaires dans la santé pour être en mesure de contenir l’objectif national des dépenses maladies à + 2,4 %. La chaîne du médicament est fortement mise à contribution et le secteur officinal met en garde contre les mesures de réduction des coûts annoncées.

Présenté le 9 octobre en conseil des ministres, le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2014 sera débattu au Parlement à compter du 20 octobre. Ce budget prévisionnel prévoit de ramener le déficit à 12,8 milliards en intégrant un effort “historique” sur les dépenses de santé et avance un déficit du régime général et du fonds de solidarité vieillesse à – 12,8 milliards d’euros en 2014, après  -16,2 milliards d’euros en 2013. Pour atteindre ce palier, 4 milliards d’économies supplémentaires sont demandés, dont 2,9 milliards d’euros pour la seule branche maladie, dont l’ONDAM ne devra pas progresser de plus de 2,4 % en 2014, soit le plus bas enregistré depuis l’année 1998.
Le médicament premier contributeur
Le plus gros de l’effort sera porté en 2014 par le médicament. 960 millions sont ainsi demandés à la chaîne du médicament, via des baisses de prix des produits en ville et prescrits à l’hôpital, sans omettre les prix des génériques ou encore la maîtrise médicalisée des dépenses prescrites par les médecins.  Par avance, les industriels du médicament, qui connaissent depuis 2012 une « récession historique de leur chiffre d’affaires en France », ont fait savoir dans un communiqué commun (1) que “depuis 2005, l’ampleur des mesures de régulation va crescendo, alors même que les moteurs de la croissance du secteur marquent des signes de plus en plus alarmants d’essoufflement”. Les mêmes industriels rappellent volontiers que le médicament représente 15 % des dépenses de l’assurance maladie, mais qu’il  génère 56 % des économies demandées
Les génériqueurs mis à mal
De leur côté, les fabricants de génériques déplorent “les mesures purement comptables annoncées par le gouvernement » et notent que « le générique est appelé à générer plus de 200 millions d’économies l’an prochain, alors qu’il ne représente que 2 % des dépenses de santé remboursées ». Le GEMME qui réunit les fabricants en France, souligne que la structure de la prescription est encore largement en retard dans notre pays, en termes de recours au générique (30 % en France contre 70 % de prescription de génériques en Allemagne). Un rattrapage permettrait à ses yeux de faire économiser 4.4 milliards d’euros par an à l’assurance-maladie. Soit largement plus que les économies recherchées dans la santé pour ce PLFSS 2014.
Des officines mal en point
En aval de la chaîne du médicament, les pharmaciens d’officine font également connaître leurs inquiétudes. La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, présidée par Philippe Gaertner, a fait ses calculs : l’impact des mesures « médicament » du PLFSS 2014 sur l’économie de l’officine s’élèvera à – 10 000 euros de marge par pharmacie, note le syndicat. “Nous sommes la cible privilégiée des économies, explique de son côté Gilles Bonnefond, président de l’USPO, qui, comme son confrère, s’élève contre l’article 40 du projet de loi qui vise à clarifier les remises commerciales accordées aux officinaux. Ces dernières représentent 475 millions d’euros de ressources pour les 23 000 officines, ajoutées aux marges arrières, estimées pour leur part à 600 millions d’euros. L’opération transparence sur les prix obligera les laboratoires à déclarer au Comité économique des produits de santé l’intégralité des remises qu’ils accordent aux pharmaciens. Le gouvernement vise par la mesure les prix de vente des génériques, qu’il espère diminuer. L’économie pour la Sécu atteindrait 15 millions d’euros en 2015, 30 millions en 2016 et 45 millions en 2017. « Les contrats de coopération commerciale représentent en moyenne 36 000 euros par an et par officine. Si on supprimait cette source de revenus, 6 000 pharmacies mettraient la clef sous la porte », a indiqué Gilles Bonnefond. Pour l’heure, les syndicats de pharmaciens, qui notent des défections croissantes dans leurs rangs, avec trois fermetures d’officines par jour, attendent toujours de l’assurance-maladie qu’elle réforme leur mode de rémunération et fixe enfin l’honoraire de dispensation que prévoit leur convention.

Jean-Jacques Cristofari

(1) PLFSS 2014, les industriels du médicament alertent le gouvernement, signé par les LEEM, le Groupe des 5 (les tops 5 des laboratoires français), l’AGHIPHAR (association de groupes internationaux pour la pharmacie de recherche), le GEMME (association des génériqueurs), le LIR (laboratoires internationaux de recherche) et l’AFIPA (médicaments en accès libre).

Cet article a été publié dans Actualité, Notre actualité.