Budget de la Sécu : nouvelle chasse aux déficits en 2016

Budget de la Sécu : nouvelle chasse aux déficits en 2016

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2016 ne présente guère de nouveautés. Une fois encore, l’heure est au serrage de vis dans le domaine de la santé, dont le budget continue à subir un manque criant de recettes.

« Il faut réduire les déficits ». Cette antienne gouvernementale sonne comme une parfaite réplique d’un refrain qui ne varie décidemment plus d’un budget de la Sécu à l’autre. Le déficit de la Sécu sera « un peu inférieur à 13 milliards cette année », a commenté Marisol Touraine lors de la présentation du PLFSS pour 2016. Seule consolation, le « trou » a été comblé de 400 millions d’euros par rapport à 2014 et réduit de 40 % depuis 2011. Nous sommes donc sur la bonne tendance s’est félicitée la ministre de la Santé. « Pas un euro n’a été économisé sur le dos des Français. Pas une franchise, un déremboursement, n’a été voté » s’est félicitée Marisol Touraine, oubliant de préciser que les dépassements d’honoraires ont continué de peser sur le budget de Français, en propre ou via leur assurance complémentaire.
Reste qu’avec une croissance faible, une inflation nulle et un taux de chômage élevé, les cotisations demeurent résolument à la baisse, incapables de compenser la hausse naturelle des dépenses dont les causes sont connues (vieillissement de la population, explosion des maladies chroniques, extension du progrès technologique). Les recettes ne seront pas, une nouvelle fois, au rendez-vous de la future loi de financement.
Economies supplémentaires
Aussi pour 2016, la santé devra persévérer sur la route de la maîtrise des dépenses. Certes des traitements innovants – sur l’hépatite C notamment – ont été pris en charge, mais la dynamique baissière devra être maintenue. Objectif : « ramener le déficit du régime général et du Fond de Solidarité Vieillesse sous la barre des 10 milliards d’euros. » « En 2016, le déficit de l’Assurance maladie sera d’environ 6 milliards d’euros, note la ministre. C’est 2,6 milliards de moins qu’en 2011. » Certes, mais les déficits cumulés depuis cette dernière date s’élèvent à près de 30 milliards d’euros. Une note, agrémentée des déficits à venir, que le gouvernement n’hésite pas à transmettre via la CADES aux générations futures !
Aussi faudra-t-il une fois encore serrer la vis en 2016, avec un ONDAM ramené à 1,75 % (contre 2,1 % cette année) alors même que l’évolution « naturelle » des dépenses de santé se situe à plus de 4 %. « Cela représente un effort de 3,4 milliards d’euros, contre 3,2 milliards en 2015, ajoute la ministre de la Santé qui propose de lutter contre les gaspillages, c’est-à-dire « ces actes qui ne sont pas médicalement nécessaires ou qui occasionnent des doublons. » Dans le collimateur de la ministre, on trouve les examens pré-anesthésiques, les examens biologiques et le recours aux transports sanitaires, déjà ciblés par l’Assurance maladie et par la Cour des Comptes. 1,2 milliards d’économies sont attendues sur ce registre. Le 2è axe concernera les prix des médicaments, appelés à baisser via des dispositifs de régulation pour les traitements coûteux. Les dépenses en médicaments remboursés seront « stabilisées » entre 2015 et 2017 et le recours aux génériques sera accru. Le tout pour un milliard d’euros supplémentaires. Enfin, l’hôpital ne sera pas épargné. Il devra, via les regroupements et les réorganisations, générer 700 millions d’économies en 2016, après les 500 millions engrangés l’an passé. Le secteur hospitalier devra également amorcer son « virage ambulatoire », c’est-à-dire conserver moins longtemps les patients dans ses murs. Un virage qui produira 500 millions supplémentaires d’économies.
Protection universelle
Le 4 octobre, la Sécu fêtera ses 70 ans. Un anniversaire qui sera assorti d’un cadeau : la protection universelle maladie, déjà annoncée, mais cette fois confirmée. « Les conditions requises pour ouvrir droit à remboursement seront simplifiées, les changements de caisse de sécurité sociale se feront « en un clic », tout majeur deviendra un assuré à part sans passer par la case ayant droit, la carte Vitale pourra être obtenue dès 12 ans », résume la ministre.
Enfin, sur le chapitre des complémentaires santé, l’accès à ces dernières va être facilité pour certaines catégories de salariés qui n’ont pas un seul employeur ou qui sont en CDD très courts. Ainsi, au lieu de leur faire souscrire au contrat collectif d’entreprise, l’employeur versera à ces salariés une aide individuelle destinée à faciliter l’acquisition d’une complémentaire santé. Les assurés à titre individuels – demandeurs d’emploi, retraités ou non – verront aussi l’accès à une complémentaire facilité. Les complémentaires, qui se livrent sur les ondes à une bataille publicitaire acharnée, ne s’y sont pas trompées : de nouvelles opportunités s’offrent à elles sur ce qui constitue bel et bien un « marché ».

Jean-Jacques Cristofari

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