Audioprothèses : un marché appelé à se réformer

Audioprothèses : un marché appelé à se réformer

« Il faut créer les conditions favorables à l’émergence d’un cercle vertueux ». Telle est la recommandation de l’Autorité de la Concurrence sur le fonctionnement de cette dernière dans le secteur des audioprothèses.

Après un premier rapport sur le secteur des audioprothèses en France (1) qui a passé au crible le fonctionnement des acteurs du secteur en France (61 centres d’audioprothèses à Paris et en région), l’Autorité de la Concurrence vient de rendre son dernier avis sur le secteur le 14 décembre dernier (2). « L’accès au marché de 500 000 à 1 million de malentendants constitue un défi d’envergure pour les pouvoirs publics », souligne l’Autorité en précisant qu’un tiers de la demande potentielle n’est pas satisfaite par le marché aujourd’hui.
Principale explication donnée à ce constat, les prix élevés des appareillages associés à un faible niveau des remboursements (3). Le secteur des audioprothèses est, nous explique-t-on encore, en « pleine mutation. » D’un côté, les fabricants se sont engagés dans une intégration verticale. De l’autre, certains centres d’audioprothésistes ou de chaînes d’optique, proposent aux patients des prix inférieurs de 15 % environ aux prix de marché moyens. Reste que le marché vit sous la contrainte d’un « couplage indissociable de la vente de l’appareil et des prestations de suivi », associé au « caractère largement artificiel de la ventilation des coûts dans les devis proposés aux patients ». Sans compter que l’acheteur se trouve en situation de dépendance vis-à-vis de celui qui l’équipe. Une dépendance qui est d’autant plus forte que « le coût élevé de l’appareillage interdit toute forme de « nomadisme » de la patientèle. »

Dynamiser le fonctionnement du secteur
Aussi, pour créer ce que l’Autorité de la Concurrence nomme « les conditions favorables à l’émergence d’un cercle vertueux », cette dernière propose, en vue de baisser les prix – qui obéissent en la matière au régime du forfait portant sur le produit et l’ensemble des prestations -, de dissocier la vente de l’appareil et de son adaptation de la fourniture de suivi au-delà de la première année. Les prix, la flexibilité des prestations et la transparence auraient à gagner de cette dissociation. L’Autorité propose également de faire sauter le verrou du numérus clausus en autorisant un plus grand nombre de personnes à accéder à la profession. Elle en appelle à cet égard « à une évolution nécessaire ».
En conclusion, l’Autorité propose d’accompagner la mutation du secteur des audioprothèses pour en « dynamiser le fonctionnement et y animer la concurrence en prix, sans remettre en cause l’impératif de qualité et de sécurité, en levant certaines des contraintes qui le caractérisent ». Si l’objectif est de « favoriser l’appareillage de centaines de milliers de patients et de donner à ceux qui le peuvent une nouvelle liberté d’arbitrage », elle laisse cependant en suspend la question de l’amélioration du remboursement, qui, à ses yeux, « ne peut en effet représenter l’unique solution ». Les assureurs complémentaires, qui devraient pouvoir s’engager plus fermement sur ce secteur (4), resteront à ce sujet sur leur faim.

Jean-Jacques Cristofari

(1) « Quelles pistes pour améliorer la concurrence dans le secteur des audioprothèses en France ? », Autorité de la Concurrence, juillet 2016
(2) Avis n° 16-A-24 du 14 décembre 2016 relatif au fonctionnement de la concurrence dans le secteur des audioprothèses.
(3) En France, 80% des audioprothèses vendues sont de moyenne ou haute gamme et les plus chères atteignent 2000 euros HT. Le tarif de responsabilité est fixé par le Comité économique des produits de santé (CEPS) au même montant pour toutes les audioprothèses destinées aux patients de 20 ans ou plus, à savoir 199,71 euros par oreille. Le taux de remboursement étant de 60% depuis 2011, la somme remboursée par la sécurité sociale est de 119,83 € par oreille.
4) Les organismes complémentaires interviennent à hauteur de 400 euros en moyenne. Le reste à charge pour le patient est d’environ 1000 euros par oreille (66 % du prix).

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